WE ARE WHAT WE ARE

Sous une pluie battante, Madame Parker court avec ses paquets, si paniquée et inquiète qu’elle trébuche et s’effondre, inconsciente, dans un abreuvoir qui deviendra son tombeau. Son décès aura pour effet de placer monsieur Parker et ses 3 enfants face  à une responsabilité des plus particulières.

En effet, dans la famille Parker, du côté de madame, on se transmet de génération en génération une coutume fort exigeante qui consiste en la préparation d’un repas appelé « festin de l’agneau », sorte de rite religieux personnalisé résultant d’une réécriture de la Bible par les ancêtres de Mme Parker et mêlant quelques éléments du mythe chrétien à d’autres conceptions du sacré dont on trouve, notamment, la trace en Amérique latine ou dans le Pacifique sud.

We Are What We Are (2013)

Bill Sage, Ambyr Childers, Julia Garner et Kassie DePaiva dans We are what we are, réalisé par Jim Mickle et sorti en 2014.

Directement adapté du film éponyme de Jorge Michel Grau, sorti en 2010, ce remake américain s’avère moins bestial que l’original, beaucoup plus axé sur la psychologie des personnages au détriment de l’imagerie sanguinolente (le titre original du film de Jorge Michel Grau était Ne nous jugez pas, transformé en We are what we are pour sa distribution internationale). Construit comme un raisonnement juridique, il pratique une horreur pudique malgré un pitch dont on pouvait pourtant croire qu’il serait sujet à des débordements gores.

L’objectif, atteint, est la justification de crimes horribles par le biais du bouc émissaire pour le moins suranné qu’est le fanatisme religieux lequel, par l’impériosité de sa dimension téléologique, constitue un formidable prétexte à tous les types d’atrocités.

Le style adopté est presque journalistique, comme si le réalisateur proposait une sorte de fait divers « augmenté » de quelques éléments de contexte. La peur survient de cet aspect ordinaire et banal qu’ont les images et qui laissent penser que ce qui se passe à l’écran pourrait tout aussi bien être en train de se dérouler chez notre voisin. Classé, à juste titre, dans la catégorie des thrillers, ce film place le cinéma d’épouvante à la portée de tous. Une horreur de l’idée bien plus que de l’image.

On peut, en revanche, reprocher à We are what we are de trop miser sur son statut de pitch-movie. L’aspect artistique et les prétentions esthétiques s’en trouvent reléguées au second plan, d’où l’absence de véritable travail sur la photographie, la résurgence de nombreux clichés empruntés aux thrillers horrifiques à succès ou encore la justification pour le moins superficielle des agissements de la famille Parker. Montrer du doigt la religion ne suffit pas, il manque l’analyse du processus psychanalytique qui conduit au passage à l’acte.

Il n’en reste pas moins que l’intérêt d’un film-pitch, c’est précisément le pitch, et, pour ceux qui n’ont pas vu l’original, We are what we are sera sans doute une bonne surprise si tant est que vous êtes un minimum sensible au charme Baudelairien de la « belle horreur ».

Comme l’écrivait Kim Jee Woon il y a quelques années en introduction de son magnifique Deux sœurs:

« Chaque famille à son secret ».

Oserez vous découvrir celui des Parker?

RÉALISÉ PAR: Jim Mickle

ANNÉE: 2013

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