TRILOGIE PUSHER

Trois personnages, dans trois films sucessifs, partagent une obsession commune : vivre du trafic de drogue.

Loin du romanesque d’un Scorcese ou de l’aguicheur d’un Ted Demme, Pusher est une longue descente voyeuriste dans les bas-fonds de Copenhague, là où sont négociés les kilos d’héroïne et de cocaïne par des caïds couverts de tatouages, toujours armés et prêts à tuer.

Il faut prendre des risques et assumer le fait de travailler dans l’illégalité, c’est à dire payer la moindre erreur de sa propre vie. En plus de vendre la drogue, les dealers en consomment et vivent en permanence défoncés, ce qui ne leur facilite pas forcément la tâche.

Empreints d’un fort réalisme, les épisodes de la saga relatent tous peu ou prou l’échec d’un gros deal par la faute d’un des rouages de la sempiternelle chaîne : producteur, grossiste, détaillant, consommateur.

Des gangsters se débarassent d'un corps dans le troisième volet de la trilogie Pusher, réalisée par Nicolas Winding Refn à partir de 1996.

Des gangsters se débarassent d’un corps dans le troisième volet de la trilogie Pusher, réalisée par Nicolas Winding Refn à partir de 1996.

Les truands s’en trouvent très humanisés, présentés sans complaisance avec leurs imprudences, leurs maladresses et surtout leur profonde violence. Dans le premier épisode, un homme tabasse son meilleur ami avec une rage inouïe, dans le deuxième la tension familiale atteint un paroxysme particulièrement impressionant tandis que dans le troisième les bornes sont clairement dépassées. On y voit le déroulé des étapes à suivre pour se débarrasser d’un corps, de la saignée à l’incinération en passant par l’éviscération… Difficile de faire plus radical mais difficile aussi d’être plus réaliste.

Au milieu de ce chaos qui va à toute vitesse, Madds Mikkelsen, tout jeune, crève littéralement l’écran. Crâne rasé, tatouages de taulard partout sur le corps, jeu de délinquant benêt parfaitement maîtrisé… La performance est de haut niveau.

Pour le diriger, Nicolas Winding Refn à ses débuts (qui incarne également le personnage de Brian dans l’épisode 1) démontrait déja l’étendue prometteuse de son talent. Le grand tour de force de sa trilogie est qu’elle tient en haleine jusqu’à la dernière image alors qu’elle n’a pas réellement de sens. Chaque épisode de la saga est inachevé ou, du moins, s’arrête sur le visage du personnage principal pour en montrer simplement la détresse sans dénouer véritablement l’intrigue.

Dès lors, il parvient à montrer l’aspect autonome du crime qui finalement « vit » par lui même, en parralèle de ceux qui se chargent de le perpétrer. C’est un concept qui s’autoalimente, n’offrant à ses ministres que quelques instants de jouissance ou de douleur avant qu’ils ne s’évanouissent dans la spirale de l’oubli et que d’autres, en tous points égaux, les remplacent instantanément

Des vies minables se croisent et s’éteignent ainsi dans les sous sols d’une ville cruelle et froide. Loin des palaces de luxes et des femmes de rêve, leur seule échapattoire à cette dure réalité réside dans le commerce, ô combien glauque, de prestations sexuelles de bas étage et de narcotiques frelatés.

Au final ce que parvient à prouver Pusher avec une grande justesse, c’est que l’univers du crime fascine à tort par le mystère qui l’entoure, car il n’est en réalité que le creuset où se fondent la peur, le désespoir et la misère.

RÉALISÉ PAR: Nicolas Winding Refn

ANNÉE: 1996

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