TIMECRIMES

« Ce qui est fait est fait », a-t-on coutume de dire. Mais que se passerait-il si nous pouvions revenir dans le passé pour corriger nos erreurs ? Le monde serait-il parfait ? Pas sûr, car nul ne serait à l’abri, en tentant de corriger le passé, de commettre de nouveaux impairs. Il faudrait alors re-voyager dans le temps pour en redresser à nouveau le cours, etc etc…

Toute la magie de l’âme humaine ne réside t-elle pas, précisément, dans la spontanéité qui la gouverne et que nos sociétés, adéquatement qualifiées par Foucault de « biopolitiques », voudraient tenter de normaliser?

C’est sans avoir rien prévu à l’avance que le personnage principal de Timecrimes se retrouve poursuivi dans la forêt par un inquiétant individu au visage entouré de bandelettes sanguinolentes. Et c’est tout autant par hasard qu’il trouve, au fil de sa course, une étrange machine où se cacher et qui, une fois refermée sur lui, le fait réapparaître dans le passé.

timecrimes nacho vidalongo

Karra Helejalde dans Timecrimes, réalisé par Nacho Vidalongo et sorti en 2007.

L’injonction Cartésienne faite à l’homme de se rendre « maître et possesseur de la nature », et donc par conséquent de ses lois, ne saurait trouver plus parfaite démonstration de sa prétention. Il est des choses que l’on ne maîtrise pas. Dans le cas du voyage dans le temps, l’inconnue majeure, fort bien mise en scène par le film, est celle de la superposition des existences. Si je reviens dans le passé, comment composer avec mon double, l’image de l’ancien moi, ignorant tout de son avenir ? Tout est affaire de discrétion, il ne doit rien savoir.

La chose se complique au bout de plusieurs voyages successifs dans le temps, lorsque le monopole de l’ignorance du double se mue en oligopole. Le scénariste doit alors veiller à la cohérence de son propos et le réalisateur doit faire preuve d’ingéniosité pour maximiser l’effet de surprise que lui offre cet intéressant concept narratif. Tout l’enjeu réside dans la bonne gestion des strates temporelles, exercice qui n’est pas sans rappeler le très hollywoodien Inception (Christopher Nolan, 2010).

Pour autant, Timecrimes n’a rien à voir avec un blockbuster tourné sur fond vert avec un blondinet playboy en tête d’affiche. C’est au contraire un film à petit budget, discret, fruit du travail d’un réalisateur presque inconnu et c’est justement là ce qui lui donne son charme.

La première séquence, en particulier, est une démonstration criante de la possibilité de créer une atmosphère d’angoisse incroyablement intense avec presque rien: une chaise longue, un acteur, une paire de jumelle et soudain : un corps de jeune femme apparaît, nu, dans les bois, inquiétante mosaïque de chair masquée par le feuillage, provoquant un dérangeant effroi.

Le ton est donné, sans être concrètement un film d’horreur, Timecrimes offre  cependant son lot d’excitation et d’angoisse, concentrée, notamment, dans l’effrayant personnage aux airs d’Elephant man Lynchéen et dont on ne comprend pas d’emblée les motivations…

Un film plein de cachet donc, malgré les quelques incohérences narratives que son scénario alambiqué ne pouvait lui épargner, et qui illustre, une fois encore, combien le cinéma Espagnol est truffé de ravissantes pépites pour cinéphiles curieux.

 

RÉALISÉ PAR : Nacho Vidalongo

ANNÉE : 2007

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