THE SECRET

Après un film aussi éprouvant que Martyrs, il était difficile pour Pascal Laugier de ne pas rebuter spectateur. Pourtant The secret se regarde agréablement : c’est une fable poétique et horrifique où se mélangent habilement les styles et les influences.

Tout est pensé pour égarer le spectateur dans les méandres d’un scénario insaisissable qui s’ouvre sur la sortie d’une mine, quelques inspecteurs dépités se lamentent de ne pas y avoir trouvé ce qu’ils cherchaient. Immédiatement après, le thème des enfants est abordé et plus particulièrement la difficulté de leurs conditions de vie dans ce petit village perdu de Cold Rock : un endroit presque coupé du monde, où tout le monde se connait, et où le café du coin s’apparente quasiment à un foyer familial.

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Jessica Biel dans The secret de Pascal Laugier, sorti en 2012.

Le film s’inscrit d’emblée dans un schéma classique, celui de la description d’un bonheur parfait, suivi de la survenance brutale d’un traumatisme et le profilement d’une fin sous forme de revanche ; une structure tellement ressassée que l’on est un peu dépité de prime abord. Mais, en réalité, tout cela est voulu et tend à mieux perdre le spectateur, ainsi qu’on le comprend plus tard, lors d’une étonnante scène de combat féminin qui sera le cadre d’une incroyable révélation.

L’histoire se ramifie alors et devient de plus en plus subtile, portée par des styles esthétiques et un jeu d’acteurs suscitant eux aussi l’égarement. En effet Jessica Biel en mère de famille modèle vivant une relation idyllique avec son petit garçon est trop bimbo pour son rôle, de même le méchant dans son camion de type militaire avec son chien et sa violence envers les femmes est en quelque sorte trop méchant. Rapidement ces personnages ambivalents se transforment et dynamisent cette intrigue complexe basée sur la disparition de 18 enfants dans un labyrinthe de galeries sous la montagne… Il ya un lourd problème autour de la maternité dans cette ville, certains en sont devenus déments, mais le sont ils vraiment ?

Du point de vue technique, The secret emprunte à de nombreux styles cinématographiques distincts. Tout d’abord l’horreur pure, magnifiée lors de la séquence du chemin de croix chaotique de Jessica Biel dans les bois, sous la forme d’une longue reptation sombre et humide, comme un paroxysme de la détresse. Ensuite, si le début du film pêche par un aspect « industriel », la suite brille par son mystère ambiant qui fait glisser le film de l’ennuyeux au Lynchéen, en provoquant habilement la peur par l’incompréhension. Enfin la séquence de Jessica Biel captive emprunte, quant à elle, au style du cinéma asiatique dans ses cadrages, ses décors et ses éclairages : couloirs déserts à la Nakata, sous-sol sale et carrelé à la I saw the devil ou The chaser, éclairage verdâtre à la Park Chan Wook…

La filiation avec Martyrs est assez claire. On retrouve l’idée d’une vaste manœuvre occulte, édulcrée toutefois d’une poésie très sombre. Sont également convoqués la critique de la religion à travers un sermon radiophonique aux allures de discours totalitaire et une dimension occulte qui, dans l’ensemble, attestent de la griffe de l’auteur.

Réagencés, ces ingrédients de base donnent pour résultat un film digeste et émouvant, aux antipodes de Martyrs dont il était difficile d’égaler la cruauté.

 RÉALISÉ PAR : Pascal Laugier

ANNÉE : 2012

 

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