THE IMMIGRANT

Ewa (Marion Cotillard) est une jeune Polonaise qui émigre vers les Etats-Unis en compagnie de sa sœur, Magda. A l’arrivée, le rêve américain tant espéré tourne au cauchemar. Magda, atteinte de tuberculose, est placée en quarantaine tandis qu’Ewa doit négocier son entrée sur le territoire en acceptant de se prostituer pour le compte d’un étrange maquereau nommé Bruno (Joaquim Phoenix).

La statue de la liberté, phare dans la brume de l’errance de ces pauvres jeunes filles, voit ici son image fort ternie. Ewa constate rapidement, dans sa chair, que l’Amérique n’a jamais cessé d’avoir besoin d’esclaves. Seule la manière d’appréhender la chose change. Les lois et procédures régissant l’immigration sont détournées par les agents des services publics eux-mêmes afin d’arrondir leur fin de mois en abondant de chair fraîche les magnats de l’industrie du plaisir, d’abord, et les consommateurs de sexe tarifé, ensuite.

Paradoxalement, dans une tourmente aussi violente, le maquereau devient finalement le seul élément de stabilité et de sécurité pour la jeune fille. Le jeu remarquable de Joaquim Phœnix retranscrit à merveille l’ambiguïté de cet avatar du Stockholm Syndrom par une performance magistrale qui crève l’écran et emporte le récit jusqu’à la dernière scène.

the immigrant joaquim phoenix photo

Joaquim Phoenix dans The immigrant, réalisé par James Gray et sorti en 2013.

Si James Gray exploite toujours le filon du pathos et de l’équilibre entre justice et morale, on note aussi quelques évolutions dans son travail, notamment dans son approche de la structure familiale qui, bien qu’encore centrale dans son récit, s’affranchit de la dimension parentale jusqu’alors omniprésente dans son oeuvre. Il n’est ici question que de deux fratries (Ewa et sa sœur / Bruno et son frère), irrémédiablement liées dans la douleur et le sang.

On note également un changement de ton sur je sujet religieux. A la vision castratrice de la foi qui prévalait dans Two lovers, succède un beau message de salut et d’espoir. C’est grâce à l’élévation spirituelle qu’Ewa tiendra jusqu’au bout et saura même rester de marbre face à l’annonce, dans l’intimité du confessionnal, de la damnation qu’elle encourt en se résignant à vendre son corps.

Pour autant, au-delà de ces quelques nouveautés, James Gray a tout de même conservé ce qui constitue son véritable matériau de base depuis Little odessa à savoir : ériger l’amour fraternel en épicentre de son film.

Désabusé, il brosse un portrait sans concession de l’humanité dans lequel le manichéisme est impossible. Les bons et les gentils sont, soit tués, soit écartés du récit. Seuls comptent les personnages faits d’ombre et de lumière : une fille paumée qui sait malgré tout très bien où elle va, un homme impitoyable et cruel qui nourrit malgré lui de tendres sentiments… Une vision complexe et authentique de l’être humain qui nous remet douloureusement en face de nos propres contradictions mais qui aussi, et surtout, nous rappelle qu’il ne faut jamais perdre espoir car c’est dans les pires épreuves que l’on progresse et que l’on se construit le plus.

RÉALISÉ PAR : James Gray

ANNÉE : 2013

 

 

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