SPIDER

Avec des échos dans A dangerous method, Le festin nu ou Mister Butterfly, ce film se classe dans le volet psychanalytique de l’oeuvre de Cronenberg. Il s’agit pour lui, en adaptant le roman de Patrick Mc Grath, de décortiquer le fonctionnement du cerveau, en particulier ses mécanismes d’autodéfense.

Spider est le surnom du personnage principal, dû à sa manie de tisser des toiles avec de la ficelle. Le film s’ouvre sur son arrivée dans un foyer de réinsertion, après quelques années passées dans un établissement psychiatrique.

Chevrotant et fébrile, sa folie est encore bien présente. Fumant frénétiquement et cultivant de curieuses habitudes, comme celle de se couvrir d’une dizaine de chemises, il semble bloqué dans le temps, tétanisé par la peur d’affronter un souvenir dont la violence était telle que sa mémoire l’a effacé.

Le foyer qui l’accueille est situé dans l’est londonien, quartier de son enfance. Il revit donc in situ le film de son passé se lançant sans le maîtriser réellement dans un inéluctable processus vers la vérité.

Une première lecture, globale, qui peut être faite, est celle du chemin de la rédemption mentale vers l’érosion puis l’explosion du déni de réalité. Cette démarche n’est pas sans rappeler celle qui anima Mister Butterfly, Cronenberg méconnu mais au twist et au contenu pourtant incroyables.

Alternant entre le passé et le présent, Spider voyage donc dans le temps et le souvenir pour tenter de s’en délivrer. Il dévoile pudiquement, petit à petit, une succession de traumatismes profonds, à la fois dans les flash-backs, dans lesquels il est physiquement présent, spectateur invisible à l’aura dérangeante, ainsi qu’en relief, dans l’âpreté de son quotidien.

Gabriel Byrne, Ralph Fiennes et Miranda Richardson dans Spider, réalisé par David Cronenberg et sorti en 2002.

Gabriel Byrne, Ralph Fiennes et Miranda Richardson dans Spider, réalisé par David Cronenberg et sorti en 2002.

L’idée globale du scénario se base sur le principe qu’un enfant ne peut pas tout voir. Il doit être préservé de ce qui relève du monde des adultes. Car en accédant trop tôt à des sujets tels que l’argent, le sexe, ou le crime, il compromet irrémédiablement son développement mental. Or, malgré ses huit ans, Spider se comporte déjà comme son père, il ressent dans son petit cœur d’enfant les pulsions de sexe et de mort.

L’idée du « mal » dont il doit être préservé, et dont, adulte, il tente de se délivrer, est assez classiquement résumée par la femme. Nouvelle Eve, le triple personnage de Miranda Richardson concentre toute la subversion du scénario. C’est à travers le prisme de son aura jugée néfaste que s’accomplissent les destins tragiques de Spider et de son père. Plus largement, c’est elle l’araignée qui, dans sa toile, a piégé le petit Spider.

Pas d’incohérence d’ailleurs avec le restant de la filmographie du canadien au sein de laquelle le beau sexe, matrice de la vie, a toujours occupé cette position de l’inconnu, du monstrueux. L’apogée en fût sans doute The brood et sa répugnante scène finale, mais on en trouve également des traces dans A dangerous method, par exemple, dans le personnage de Sabina Spielrein (Keira Knightley) ou encore, plus récemment, dans la Havannah Segrand (Julianne Moore) de Map to the stars.

De manière générale, c’est la vie qui intéresse Cronenberg, les potentialités qu’elle porte et sa proximité avec l’idée de création. Bien évidemment, la magie de ce genre de contingences ne réside  pas dans la normalité mais dans les marges, ce que la société considère comme fou. En cumulant exploration de la folie et voyage dans l’idée chrétienne du mal, Spider vient se situer à la confluence de ces préoccupations atypiques.

Pas d’effets spéciaux spectaculaires, par d’excès d’hémoglobine, une renommée relativement modeste… Spider n’est pas le plus grand des Cronenberg. Mais c’est justement cet aspect méconnu qui, pour le cinéphile, constitue son charme.

 

RÉALISÉ PAR : David Cronenberg

ANNÉE : 2002

 

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