SEA FOG

Lorsqu’il ré-ouvre la cale de son chalutier après un contrôle des gardes côtes, le capitaine Kang découvre une montagne de cadavres. Les clandestins qu’il avait embarqués sont tous morts, asphyxiés par une fuite de gaz.

Il faut alors se débarrasser des corps, les mutiler un par un puis les jeter, sanguinolents, en pleine mer pour que les requins les dévorent avant qu’ils ne puissent dériver jusqu’à la côte. Une scène cauchemardesque, dont le voile de brume qui la nimbe n’est certainement pas de trop pour en adoucir la vision.

Mais ce climax d’horreur n’est en réalité qu’un petit passage parmi d’autres dans un thriller dont l’intrigue débute réellement quelques séquences plut tôt lorsque, en pleine nuit, les clandestins sautent d’un bateau à l’autre en une scène intense, reflet vibrant de tout ce que l’immigration illégale a de dramatique.

Sea fog, un film réalisé par Shim Sung-bo et sorti en 2015.

Sea fog, un film réalisé par Shim Sung-bo et sorti en 2015.

Aux commandes, deux sud coréens qui ont déjà travaillé ensemble sur The mémories of murder en 2009. Bong Joon Ho y était réalisateur, tandis que Shim Sung-Bo co-écrivait le scénario. Ils inversent les rôles pour Sea fog, Bon joon ho se contentant de participer au scénario et à la production.

Assez logiquement, donc, l’on ressent une ambiance assez proche de celle de Mémories of murder en termes de rythme. Le temps semble figé, les personnages et l’intrigue comme piégés dans une apesanteur lymphatique avec, sur tous les visages, un impassible masque de résignation.

Toutefois Sea fog se distingue par un aspect bien moins poétique. La veine à laquelle il se rattache est plutôt celle de l’horreur tapageuse sud-coréenne qu’on retrouve dans les filmographies de Kim Jee Woon (I saw the devil) ou de Nah Hong Jin (The Chaser).

Une horreur qui passe par des gros plans sur des armes aussi cruelles qu’improbables, comme cette feuille de boucher rouillée tâchée de sang ou ces énormes pièces de mécanique marine en fonte, objets d’une violence extrême. Seuls en pleine mer, les hommes sont livrés à eux-mêmes et laissent libre cours à leur animalité primaire, sans police ni justice pour les arrêter. Mais pourquoi de tels choix narratifs et stylistiques? L’ambition du réalisateur était elle simplement de choquer ou de flatter les bas instincts?

Vraisemblablement non. Qu’il s’agisse de l’équipage ou des clandestins, les personnages ont tous pour fonction de dénoncer la cruauté d’un « systême » qui les broie. Économiquement, d’abord, car si les pêcheurs se livrent à l’immigration illégale c’est avant tout pour préserver leur entreprise des conséquences de la crise économique. Géopolitiquement,ensuite, car les passagers clandestins ne sont que les victimes collatérales de  relations sino-coréennes complexes et délicates.

Or, jusqu’à ce qu’il est coutume d’appeler la nouvelle vague coréenne, les cinéastes de la péninsule ne pouvaient tout simplement pas se livrer à la critique sociale ou politique. Le régime censurait automatiquement toute réalisation « déviante ». La liberté de ton nouvellement acquise (si l’on se place sur longue période) a donc constitué le creuset de ce genre de métrages chocs, à la portée dénonciatrice véhémente, un cinéma engagé et punchy qui a le mérite de nous secouer, nous autres occidentaux parfois un peu trop assagis par le confort de la démocratie.

 

REALISE PAR : Shim Sung-Bo

ANNEE DE SORTIE : 2015

 

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