PANIQUE A NEEDLE PARK

le sujet de la drogue jouit au cinéma d’un traitement varié et, parmi le foisonnement de films qui y ont trait, Panique à Needle Park constitue sans doute l’un des plus sincères.

Bobby, jeune héroïnomane incarné par Al pacino, rencontre par hasard une jeune fille paumée à qui il ouvre les portes de son monde. Passée l’excitation des premiers shoots, elle comprendra rapidement que lorsque la panique s’installe (période ou la drogue vient à manquer), rien ne saurait plus compter que le besoin de se procurer une dose par tous les moyens, quels qu’ils soient.

shoot dans panique a needle park

Al Pacino et Kitty Winn dans Panique à Needle Park, réalisé par Jerry Schatzberg en 1971.

Se déroule alors implacablement le schéma inéluctable de la came qui commence par l’initiation, se poursuit par le trafic, la prison, la prostitution et la dépendance, en passant par l’overdose. Par delà cette trame presque banale, l’intérêt du film est la façon dont il montre comment la drogue finit par constituer l’essence même de l’existence du junkie. Chacun de ses pas et de ses souffles sont au service de la jouissance chimique. Il est relativement difficile de retranscrire à l’écran le phénomène de l’addiction, qui par définition est purement mental. Toute la beauté de Panique à Needle Park réside précisément dans ce tour de force qui est de dire l’indicible, et de retranscrire fidèlement un sentiment des plus obscurs.

Dans cette optique, la caméra s’attarde sur les gestes de la toxicomanie et la laisse à contempler. Elle met en balance la corporéité des acteurs, leur sympathie physique de vagabonds, et le diktat opéré par l’héroïne sur leur volonté, qui ôte de leurs yeux toute lumière. Le réalisateur a fait montre d’un courage certain en zoomant sur les seringues et sur les yeux explosés des junkies juste après l’injection, il fût l’un des premiers cinéastes américains à aborder ainsi la toxicomanie au cinéma, c’est-à-dire sans la condamner explicitement. Il montre l’insouciance de gens vivant de rien, en dehors de tout ordre social, mais qui malgré leur mode de vie grégaire, ou malgré le fait qu’ils soient en couple, sont au final profondément seuls face à leur propre vide. Même l’amour n’est plus qu’une illusion tant il leur est impossible de porter leur affection sur autre chose que la poudre. Symptomatiquement, ce n’est qu’au travers de la vitre d’un parloir, ou dans la réconciliation suivant une violente dispute pour une dose, que de vagues fragments d’amour feront timidement surface entre Bobby et sa copine.

De cette fresque sans fil narratif on retiendra finalement une certaine habileté, qui consiste en la représentation sans complaisance de la toxicomanie, et non un point de vue particulier sur cette dernière. Pareille pureté de style permet une conclusion simple : l’héroïne n’entre pas dans la vie, elle la devient et la construit, parfois à jamais.

RÉALISÉ PAR: Jerry Schatzberg

ANNÉE: 1971

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *