ORANGE MECANIQUE

Alex, jeune homme tourmenté, s’adonne avec sa bande à la violence gratuite et au viol. Arrêté, il est soumis à un traitement « curatif » de la délinquance aussi vain qu’ambitieux.

Ce film transpose à l’écran le roman eponyme de James Burgess, écrit dix ans auparavant. Les thèmes abordés ont une portée sociologique forte, il s’agit de l’intégration des normes, de la structuration sociale et de la construction de l’identité. Trois versants pour une seule question: qu’est ce que la déviance? Comment la caractérise t’on et quelles significations peut on lui donner?

Malcolm Mc Dowell dans Orange mécanique, réalisé par Stanley Kubrick en 1971.

Malcolm Mc Dowell dans Orange mécanique, réalisé par Stanley Kubrick et sorti en 1971.

Elle est principalement une tentative de démarcation vis à vis de la structure sociale « de base ». Cela peut emprunter la voie vestimentaire par exemple, c’est le cas d’Alex et ses amis qui se distinguent par leurs tenues mêlant étrangement le dandysme au costume d’escrime. Mais c’est surtout dans le rapport d’un individu aux règles sociales qu’on peut le qualifier ou non de déviant.

Alex bouleverse les codes sans hésitation, cela revêt même chez lui la forme d’une sorte de plaisir pervers. Les cadres familiaux, la loi, la bienséance, la morale, tout est passé à la broyeuse de sa soif d’interdit et de transgression.

Gratuit tout cela? C’est ce que l’on voudrait croire, mais les errances de la post modernité (ici largement caricaturées) ont bien pour but, au contraire, de dégager le sens de la vie de demain. Une vie sans Dieu, sans morale, sans idéologie fédératrice, sans passions.

Très logiquement, l’art et le sexe furent les réceptacles rêvés de cette soif de sens qui irrigua le 20ème siècle. Ainsi peuvent se lire le gout immodéré d’Alex pour les mélodies de Bach et l’omniprésence des sculptures phalliques, dressées comme des idoles d’un autre temps.

Face à cela, que font les institutions? Quelle réaction de la part de ce que nous convenons d’apeller aujourd’hui le « système »? Car c’est dans ses conséquences que la transgression est la plus intéréssante. Force de remise en question des normes, elle invite, via l’exploration des marges, à repenser le corps social.

En l’ocurrence, le système tente ici de « normaliser » le déviant, de le ramener au centre, loin des marges. La méthode employée est brutale, les policiers et les juges s’appuient sur la science pour « reprogrammer » le cerveau du délinquant afin de lui inculquer la « vérité » sociale.

Bien entendu cela ne fonctionne pas, mais la représentation qui en est faite par ce film permet de cerner la contrainte exercée par les normes qui nous gouvernent. Certes la démarche est caricaturale, mais n’est ce pas justement le rôle du cinéma que de déformer la réalité pour tenter de mieux représenter ses failles et ses défauts?

Alors finalement qui, de l’individu en soif de transgression ou du « système », est le plus violent? Question complexe et subjective à laquelle ce film répond d’une manière étonnante, c’est finalement dans l’entre deux de l’individuel et du social que se situe la clé. Le bien et le mal ne sont pas figés, ils ont pour principe même d’être mouvants, d’être sans cesse redéfinis par le jeu d’une incessante dialectique.

RÉALISÉ PAR: Stanley Kubrick

ANNÉE: 1971

 

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