LE MOINE

Frère Ambrosio (Vincent Cassel) est le moine le plus respecté et le plus pieux de tout le monastère. Mais depuis quelque temps, ses défenses contre les forces obscures semblent se déliter. Ses nuits sont troublées par de bien sombres rêves tandis qu’arrive au monastère, la même semaine, un jeune novice au visage masqué.

Ses traits ont été ravagés par un incendie. Sans doute, d’ailleurs, est-ce de cet incident tragique qu’il a hérité les mystérieux « dons » qui lui permettent de guérir les maux de tête du frère Ambrosio.

En apposant ses mains sur la tête de l’honorable moine il ouvre dans l’esprit de celui-ci une brèche qui, rapidement, prendra les allures d’un gouffre. Lui qui ne s’était jamais écarté du droit chemin se découvre soudain un goût pour les mains sensuelles et les talents de rebouteux de sa jeune recrue.

Cassel et Déborah François dans Le moine, réalisé par Dominik Moll en 2011.

Vincent Cassel guide un jeune novice dans Le moine, réalisé par Dominik Moll en 2011.

Plus leur relation se complexifie, moins les clés de la foi et de la religion sont utiles pour la décrypter. Le choix qu’opère frère Ambrosio l’entraîne dans une incroyable descente aux enfers : le meurtre et le viol succèderont à la magie noire puis à la luxure, en prélude à un final d’une cruauté rare.

Si le roman de M.G Lewis dont ce film est tiré visait clairement le scandale, la version qui en est donnée par Dominik Moll s’avère plus mesurée. Pour autant, il n’oublie pas d’instiller une bonne dose de provocation en réécrivant (non sans irrévérence) des épisodes parmi les plus importants du mythe chrétien (Adam et Eve au jardin d’Eden, la passion du christ…).

Toutefois, ce qui marque au premier chef réside plutôt dans la capacité (certaine) qu’il a eue à souligner la profondeur et la beauté de la vie monastique.

C’était d’ailleurs le défi principal de la réalisation de ce métrage que de parvenir à représenter l’immatériel et dire l’indicible. Car le combat spirituel ne peut être compris que par ceux qui l’ont expérimenté. L’artiste de cinéma ne pouvant que tenter de livrer une brève approche du contexte dans laquelle les hommes de Dieu se livrent à la prière, sans  jamais véritablement restranscrire la puissance de l’abandon délibéré d’un homme envers son créateur.

Toutefois Dominik Moll s’en sort particulièrement bien. Technicien habile, il a su compulser un montage dynamique construit sous forme de pistes désordonnées et discontinues, interconnectées par des rêves ou des secrets qui, finalement, révèlent leur cohérence globale dans les dernières minutes du film.

Seconde recette du succès: le charisme ténébreux et indémodable de Vincent Cassel. Admirablement dirigé, certaines de ses répliques s’apparentent même à de la philosophie, à l’image de celle par laquelle il recadre un pervers sexuel en confession : « comment pouvez vous dire que ce sont des filles de rien? Personne n’est personne ». A méditer…

RÉALISÉ PAR: Dominik Moll

ANNÉE: 2010

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