LE FAUX COUPABLE

Ce film tiré d’une histoire vraie retrace les tribulations d’un honnête père de famille accusé, à tort, de plusieurs braquages.

En portant ainsi la justice à l’écran, Hitchcock parvient à en représenter la dimension la plus méconnue, celle qui touche à la psychologie intime des individus. Car derrière les textes froids et les procédures objectives, il y a des vies humaines complexes, insérées dans un tissu de relations sociales et professionnelles denses.

le faux coupable alfred hitchcock

Henry Fonda, le « faux coupable » d’Hitchcock.

A la différence de La chasse par exemple (Thomas Vinterberg 2012), l’intitulé du film ne laisse dès le départ aucun doute sur l’innocence de l’accusé. Une certitude que partagent ses proches et à laquelle le spectateur, omniscient, ne peut que se rallier tant la vie routinière et sans histoire de ce musicien intègre et père de famille exemplaire laisse peu de place à l’éventualité du crime.

Pour les policiers en revanche, pas d’appréciation subjective. Il s’agit de s’attacher aux preuves (ou à leur absence) et à la stricte procédure. C’est dans ce décalage que réside l’intensité du suspense de ce film, démultiplié par une bande son des plus pesante comme sait les concevoir Bernard Hermann.

« Si vous n’avez rien à vous reprocher, vous n’avez pas à avoir peur de nous » rappellent les agents à Manny (Henry Fonda). Pourtant le faisceau d’indice, si maigre soit-il, finit par emporter son inculpation. Comment l’interpréter ?

Outre la partialité discutable et typiquement américaine du système accusatoire avec jury, c’est le recours à une justice purement mécanique qui est ici mis en cause. En s’appuyant uniquement sur son  intuition, des appréciations données par des tiers et un test d’écriture bâclé, le commissaire enferme notre homme, persuadé d’avoir bien fait son travail. Qui pourrait d’ailleurs, le lui reprocher ?

Les formalités administratives sont volontairement neutres et ne peuvent, hélas, épouser les singuliers replis de la réalité. Pour J. Rawls, c’est d’ailleurs précisément cette dimension strictement procédurale qui permet l’efficacité de la justice. Une efficacité qui fonctionne grâce au paradigme selon lequel la règle(la bonne administration de la preuve) prime « au global » sur l’exception (l’erreur judiciaire).

A l’image de nombreux champs de l’organisation humaine aujourd’hui, la justice ne peut donc fonctionner qu’en assumant ses propres externalités négatives. Pour que chacun de nous vive dans la sécurité juridique, nous devons accepter, lorsque nous apposons notre signature sur le contrat social, d’assumer l’éventualité de devenir peut être nous-même une externalité négative du système. Nous pouvons tous, potentiellement, être de faux coupables. Tel est le puissant message de ce film.

 

REALISE PAR : Alfred Hitchcock

ANNEE : 1956

 

 

 

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