EMPRISE

Le dicton selon lequel les apparences sont parfois trompeuses trouve avec Emprise une illustration de choix. Quoi de plus paradoxal, en effet, que ce bon père de famille puritain (Bill Paxton) qui se transforme en serial killer avec ses fistons ?

« La main de Dieu », ainsi que se présente M. Meilks, dit s’être fait confier par un ange la mission de châtier les hommes mauvais dits les « démons ». Si son plus jeune fils, Fenton, se rallie facilement à la démarche, ce n’est pas le cas d’Adam, l’aîné, placé par conséquent dans une situation délicate.

bill paxton dans emprise

Bill Paxton dans Emprise, réalisé par lui-même et sorti en 2002.

Belle dénonciation du fanatisme religieux que ce premier long métrage malin et esthétiquement réussi. A trop vouer sa vie à des croyances irrationnelles, on peut finir par perdre le contact avec la réalité et se prendre… pour Dieu, c’est-à-dire s’arroger le droit de vie et de mort, décider de ce qui est bien ou mal.

La portée morale d’une telle attitude est complexe: un meutre commis au nom de Dieu est il un péché? Dans l’absolu cela va de soi, mais pour la famille Meilks, un tel mode de pensée saperait toute la grandeur de la mission dont ils sont convaincus d’être chargés. C’est sur cette base que le spectateur est amené  de facto à se demander comment une idéologie sensée promouvoir le bien peut elle guider des individus vers de telles abominations?

La raison est simple et connue (officiellement depuis les lumières) c’est parce que la religion repose principalement sur la définition autoritaire, unilatérale et irationelle du bien et du mal. Conséquences d’un tel dogmatisme  pour le croyant : l’impératif de ne pas se poser de questions, de faire pénitence et d’accepter les sanctions en cas de manquement.

Mais dans une société comme la nôtre, c’est à dire où le bien ne consiste plus en une pensée unique mais à l’inverse en la coexistence des opinions, la foi ne peut plus fonctionner selon les même paramètres qu’autrefois. Sans capacité de l’individu à remettre en cause ses croyances, il peut s’ensuivre des tensions identitaires fortes dont les extrémités de ce film montrent, certes de façon métaphorique, quelles peuvent être les conséquences.

On peut remercier Bill Paxton d’avoir choisi le format du thriller et non du film d’horreur. Car même si le sujet se prête efficacement à l’épouvante (cf : Red State de Kevin Smith), cela aurait impliqué d’intégrer la brutalité et le manque de pudeur visuelle propres à ce type de cinéma. Au contraire, l’aspect ici angélique des personnages ainsi que les airs de « fait divers » qu’ont leurs méfaits, donnent à l’ensemble un réalisme qui pousse efficacement à la réflexion.

 

RÉALISÉ PAR : Bill Paxton

ANNÉE : 2002

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