CONFESSION OF PAIN

Confession of pain confronte deux visions du métier de policier incarnées respectivement par Tony Leung Chiu Wai et Takeshi Kaneshiro. Bien qu’ils travaillent ensembles, leurs méthodes divergent : lors de la scène d’arrestation qui inaugure le film, l’un tabasse le prévenu tandis que l’autre s’assied et ressasse les souvenirs de sa femme morte.

Bien qu’en apparence tout les oppose, ces deux personnages cultivent bien des points communs que l’habileté du scénario met peu à peu en exergue. Ils sont finalement des miroirs l’un pour l’autre, le premier vivant explicitement ce que l’autre intériorise et vice versa, comme les deux faces, pleine et creuse, d’un même masque.

Ils sont chargés, ensembles, d’une enquête sur le meurtre de trafiquants de drogue. En apparence banal pour un film de ce genre, ce départ de scénario est en réalité le prétexte par lequel le réalisateur dépeint les arcanes d’une vengeance machiavélique. Cette vengeance est l’œuvre d’une vie, animée par l’élan innarêtable d’un homme n’ayant jamais su taire sa douleur. Malgré les apparences, il n’a plus de prises avec le monde réel : ni l’amour, ni la joie, ni la vie tout simplement ne lui importent. Toutefois, et c’est là son intérêt, on ne peut comprendre tout cela qu’après avoir le film dans son entier.

Tony Leung Chiu Wai et Takeshi Kaneshiro dans Confession of Pai, réalisé par Alan Mak et Wai Keung Lau et sorti en 2006.

Tony Leung Chiu Wai et Takeshi Kaneshiro dans Confession of Pain, réalisé par Alan Mak et Andrew Lau,            sorti en 2006.

Confession of pain se situe au carrefour des thèmes de la vengeance et de l’enquête policière violente, tous deux très exploités en orient, et dans lesquels Andrew Lau et Alan Mak, ici réalisateurs, ont gravité tout au long de leurs carrières d’acteurs et de réalisateurs. Ils ont donc naturellement emprunté à tous ces genres mais sans oublier de développer un esthétique propre. On retrouve donc, épars, l’esprit de Johnny To, de Park Chan Wook, de Kim Jee Woon ou de Tsui Hark (période Time and tide), mais on découvre en même temps un genre nouveau, un beau syncrétisme cinématographique, somme réussie des expériences accumulées en deux carrière.

Du point de vue du scénario, Confession of pain choque le spectateur. Et pour cause : il montre que la douleur peut ne pas avoir de limites et générer de (très) graves dommages collatéraux. Or, dans notre conception occidentale, tous les efforts que l’humanité a fournis pour se développer depuis l’époque des Lumières ont eus, notamment, pour but d’abolir définitivement la violence qui régissait autrefois les rapports humains. Par conséquent, dans un monde ou elle ne saurait plus avoir d’autres causes que celles voulues par la nature, la mort et la violence impressionnent et interrogent forcément. Surtout lorsque, comme dans le cas présent, elles sont infligées pour se venger d’avoir subi des choses atroces, ce qui amène à s’interroger sur leur éventuelle légitimité.

La force de ce film réside par ailleurs dans la manière originale dont s’exerce cette minutieuse vengeance. C’est à dire froidement, dans le silence et le mensonge permanents, selon un protocole quasiment insoupçonnable et en dépit de toute bonté d’âme. Pour dépeindre une telle entreprise il fallait de la lenteur, du silence, de la complexité, des acteurs impeccables et un montage hors du commun. Confession of pain fait montre de ces qualités, qui le servent autant qu’elles le desservent, car silence et complexité sont des arguments de vente plus que repoussoirs de nos jours. Les passionnés de cinéma asiatique ne sauront y rester insensibles, les autres lui préfèreront sans aucun doute l’aspect explosif d’un Law abiding citizen qui traite grosso modo du même sujet mais dans une forme bien plus conventionnelle.

Pour conclure, si Confession of pain n’est pas un film majeur de notre siècle, il amène toutefois à se poser une question saine, à savoir : la récurrence et le succès actuels du thème dont il traite (l’auto adjudication) sont ils véritablement sans raisons, ni sans conséquences ? Car c’est une des propriétés de l’art que d’accompagner, en les illustrant, les grandes évolutions de tous ordres que connait notre monde. Aurions nous besoin d’un peu plus d’animalité et d’un peu moins de civilisation?

 

REALISE PAR : Andrew Law et Alan Mak

ANNEE : 2008

 

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