COLONIA

Malgré une puissante perversion de son fond par sa forme, ce troisième long-métrage de Florian Gallenberg n’en reste pas moins fascinant par l’épisode historique méconnu qu’il aborde et l’intense suspense qu’il parvient à créer.

A sa décharge, l’équilibre entre rentabilité économique et engagement politique est particulièrement dur à trouver dans la production d’un film. Il n’est possible que si des mécènes convaincus mettent la main à la poche ou alors si certains budgets sont sacrifiés (cas de The whistleblower par exemple, superbe dénonciation des exactions de l’ONU en Bosnie, sorti en direct to dvd avec un casting minimaliste).

Colonia semble avoir voulu forcer le destin en tentant de tout faire en même temps. Dés lors, on ne peut que deplorer l’aspect bien trop léché et académique de la mise en scène : les séquences principales sont des successions de clichés (la scène des retrouvailles en début de film est presque pathétique), de démagogie (là où il y a des nazis, il fait toujours gris et on ne porte que des haillons) et de facilité (ooh regardez comme elle est devenue sensuelle la petite Hermione Granger).

Pour autant, ce récit de l’infiltration d’une femme venue arracher son mari des griffes de la Colonia dignidad, une secte / prison bavaroise dans le sud du Chili, jouit d’un privilège de situation : le sujet abordé et ses implications politiques sont uniques en leurs genres.

Daniel Brühl et Emma Watson dans Colonia, réalisé par Florian Gallenberg et sorti en 2016

Daniel Brühl et Emma Watson dans Colonia, réalisé par Florian Gallenberg et sorti en 2016

L’insupportable vérité que propage le métrage, c’est la tolérance décomplexée qu’a pu entretenir l’Etat Chilien vis-à-vis d’un IIIème Reich miniature implanté sur son sol. Tolérance qui va même jusqu’au partenariat, la Colonia faisant office de prison de haute sécurité et de centre de torture clandestin pour le régime de Pinochet.

Comment la création d’un tel établissement a-t-elle été possible ? Est-ce un vestige des relations commerciales d’armement entre les deux pays ? Quelles étaient les relations de la Colonia Dignidad avec l’Etat Chilien ? L’Ambassade d’Allemagne savait-elle vraiment ce qui se passait à l’intérieur ? Aurait-il pu s’agir d’un camp de loisirs pour élites perverses et dégénérées à la Salo ?

Œuvre d’un dérangé, formé professionnellement à la cruauté (Schaefer, le fondateur était militaire du rang dans la Waffen SS et pédophile notoire au sein d’une association « d’aide aux orphelins » en Allemagne), la Colonia est en effet bien plus qu’un Guantanamo clandestin pour dictateur corrompu. C’était un projet global d’utopie communautariste, de spiritualité alternative et de sadisme pur.

On pourra d’ailleurs regretter que le scénario se concentre sur les atrocités commises par Schaefer, source d’émotions faciles à destination du spectateur, sans prendre de recul pour analyser comment un petit soldat allemand à la solde ridicule a pu se faire propulser représentant de Dieu sur terre dans le sud Chili, directeur d’un centre spécialisé en torture, pédophilie et testing d’armes chimiques sur des prisonniers pour le compte du régime local.

Il faut reconnaitre que tout cela dépasse l’entendement. Et c’est sans doute le plus gros problème de Colonia : son sujet est trop vaste pour être traité à fond.

Mais pour les curieux, une littérature abondante est disponible sur la question. On y apprend, entre autre, que Schaefer n’a commencé à être inquiété qu’en 1997 et n’a été condamné qu’en 2005 apres avoir fondé une autre secte pédophile en Argentine. On apprend également que la Colonia a été reconvertie en… camps de vacances, en 2007, et que la plupart des « gentils organisateurs » de cette destination de rêve sont issus de la colonie… No comment.

REALISE PAR : Florian Gallenberg

ANNEE DE SORTIE : 2016

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