BRONSON

La tête haute et le regard fier, Michael Peterson alias Charlie Bronson fait son entrée à la prison d’état d’Ellesmere Port. C’est son heure de gloire, lui qui a toujours voulu être connu, il accède enfin à la notoriété et pas par n’importe quelle porte : il a été sacré « détenu le plus violent d’Angleterre » par la presse nationale.

Asocial et incontrôlable, c’est un habitué des prisons et des asiles pénitentiaires. Mais c’est avant tout un cas de conscience posé à l’opinion publique anglaise. Car se pencher sur son cas, c’est s’amener à se demander comment la société définit ce qui est mal, ce qui doit être emprisonné (problème moral) et, partant, comment elle le gère techniquement (problème juridico-politique).

Tom Hardy dans Bronson, réalisé par Nicolas Winding Refn n 2008.

Tom Hardy dans Bronson, réalisé par Nicolas Winding Refn en 2008.

Pour un danois tel que Nicolas Winding Refn, cette histoire venue d’un autre pays ne représentait pas grand-chose. Il a toutefois accepté, pour des raisons alimentaires, de se saisir du scénario qui patientait déjà depuis sept ans dans les bureaux de la Vertigo. Il lui fallait, en effet, sortir un film pour financer Valhalla rising dont il avait déjà commencé le tournage.

Ce qui l’a intéressé dans le sujet n’est pas dur à deviner : Peterson est un homme violent, solitaire et tourmenté. Un homme comme on en trouve dans chacun de ses films sans exception, de One eye (Valhalla Rising) à Kim Bodniak (Pusher) en passant par Harry Caine (Inside job) ou encore Julian (Only god forgive)

Bronson a ceci de particulier, toutefois, qu’il n’est pas un personnage de fiction. Le vrai Michael Peterson existe réellement, il est actuellement toujours en détention et ce depuis plus de trente ans, bien qu’il n’ait jamais tué personne. Il est en quelque sorte la « version vivante » du Alex d’Orange mécanique. Un miroir tendu à ce qu’il est convenu d’appeler le « système », afin de lui montrer à quel point sa violence peut s’avérer pire que celle de certains individus isolés.

Seul l’art parvient à apaiser la colère de Charlie. Lorsqu’il peint ou dessine, il cesse de vouloir frapper tout le monde. Dans la réalité, ses œuvres se vendent d’ailleurs sur le marché de l’art et ont même été exposées dans le métro de Londres. Dans le film en revanche, l’épisode « arthérapie » marque le début d’un lent déclin qualitatif qui se poursuit jusqu’à la dernière image.

Dommage que le film soit ainsi inachevé (ou mal achevé) car, même pour une commande, Nicolas Winding Refn avait pris le temps d’exploiter à fond sa créativité et son exigence artistique. Comme dans le reste de sa filmographie, on retrouve cette sempiternelle recette quasi magique : un personnage central masculin, tourmenté et marginal, qui « casse tout » sur fond de BO bien chiadée et de mise en scène de haut niveau (cf : le plan séquence où Tom Hardy, androgyne, dialogue avec lui-même est une puissante réussite).

Ce que l’on retiendra par dessus tout, c’est le rythme jouissif avec lequel la violence est distillée ainsi que la performance hors norme de Tom Hardy. Les scènes carcérales sont absolument inoubliables et montrent avec une force inouïe l’une des limites majeures de l’aventure humaine : l’articulation du singulier et du pluriel. Pour que nous vivions tous en paix, Bronson doit rester dans une cage, en camisole, le visage entravé d’un épais collier de cuir.

RÉALISÉ PAR : Nicolas Winding Refn

ANNÉE : 2008

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