TROUBLE EVERY DAY

Dans Trouble every day, la cinéaste Claire Denis a exploré le cinéma d’horreur. L’exercice est réussi non sans un certain talent, car le film est aussi beau dans son fond que dans sa forme.

C’est l’histoire de Coré (Béatrice Dalle), qui, lors de relations sexuelles violentes, se livre à de l’anthropophagie. Son ami le docteur Shane Brown (Vincent Gallo), est en fait en proie au même mal.

La relation amoureuse amène à dominer, vampiriser et même dévorer l’autre. Le traitement original des relations destructrices passe par une esthétique volontairement gore, ce qui a poussé une partie des spectateurs à huer le film lors de sa présentation hors compétition au festival de Cannes en 2001. Cette dimension proprement viscérale du sexe, confère un rendu presque baroque aux images, qui est inhabituel pour la réalisatrice.

Béatrice Dalle dans Trouble every day, réalisé par Claire Denis en 2001.

Béatrice Dalle dans Trouble every day, réalisé par Claire Denis en 2001.

Nous sommes pourtant en présence de la veine des films de Claire Denis : le spectateur n’est guère assailli par les dialogues, c’est avant tout par l’image que s’expose la question de la relation amoureuse et des limites de la liberté individuelle. On retrouve les acteurs favoris de la réalisatrice, Alex Descas et Béatrice Dalle (qui étaient déjà tous deux présent dans l’excellent j’ai pas sommeil réalisé en 1994) , et son immuable façon de filmer, centrée sur les personnages et volontiers adepte de longueurs suggestives et silencieuses.

En ce sens, trouble every day a permis à Claire Denis de disposer d’une vitrine pour son cinéma globalement méconnu. Car les litres d’hémoglobine qui se déversent dans le film ont su toucher le large public du cinéma gore. Il est de fait très intéressant que cette cinéaste « d’auteur », parvienne à faire rayonner sa puissance créatrice hors norme, en dehors du cercle confidentiel des cinéphiles avertis.

La fin, toujours tragique, de la folie meurtrière qui ronge les personnages, amène aussi à considérer la condition du mal qui les ronge. Ce mal fait partie des mystères inexplicables, des cavités sombres de l’âme, qui ne sont jamais aussi bien exposées que par le septième art et sa capacité voyeuriste.

RÉALISÉ PAR: Claire Denis

ANNÉE: 2001

 

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