THE WOMAN

Qui, d’une femme sauvage ou d’un avocat pervers a le comportement le plus bestial? Est-ce celle qui grogne dans les bois à moitié nue ou bien celui qui porte la cravate et le veston? Contre toute attente, l’homme que l’on pensait civilisé n’est pas si propret et si sain qu’il veut bien le laisser paraitre.

Lorsqu’il receuille dans sa grange une jeune femme rescapée d’un clan violent qui a parcouru la côte nord-est des États-Unis pendant des décennies, Chris Cleek (Sean Bridges) change soudainement. Le père de famille modèle devient, lorsqu’il se dirige vers le fond de son jardin, un sadique aux appétits particulièrement malsains.

Dans la petite grange familiale, se déroulent des séances de torture, d’humiliation et, il fallait s’y attendre, de viol. La pauvre captive évolue alors malgré elle de son instinct naturel de défense à un état nouveau: une rage indomptable qu’alimentent chaque jour un peu plus les sévices dont elle est l’objet.

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The woman, réalisé par Lucky McKee en 2011.

Rapidement le film devient extrême et ce à tel point que l’on se demande même si tout cela rime à quelque chose. Cette avalanche de cruauté sert-elle à conjurer une quelconque peur contemporaine, comme le fait d’ordinaire le cinéma d’horreur, ou bien verse t’on bêtement dans du torture porn sordide?

Une manière édifiante de lire le film peut être envisagée si l’on s’attache aux variations qu’il propose sur le statut de la femme. A l’heure du féminisme assumé, se pose en effet la question de ce qui matérialise la femme en tant que telle.

Car l’une des grandes questions du siècle à venir sera celle de la nature féminine. Après tant de siècles d’oppression et de domination masculine, ce que l’on pourrait appeller « l’essence » de la femme n’a jamais trouvé à s’exprimer ni à prendre forme. Il s’agit d’une inconnue.

Sous cet angle d’approche, les beuglements rauques de cette femme sauvage enchaînée prennent une dimension presque Beaudelairienne, ils deviennent presque beaux car ils résonnent comme la rage impuissante d’un sexe incompris et méprisé, tenu à l’écart de la dignité civique et du respect pendant tant d’années.

Et derrière cette obscure beauté, suit la peur et son cortège de questionnements. Car il est très effrayant de constater que l’on se refuse, par réflexe, à croire qu’un tel comportement est possible de la part du sexe (dit) faible.

Ce qui terrifie c’est de se dire que si l’homme a pu se permettre d’abuser de sa position dominante dans la société telle que nous l’avons toujours connue jusqu’à présent, il n’est pas certain qu’il puisse conserver son pré carré dans les siècles à venir. Comme s’il pressentait cette menace sur son autorité, Chris Cleek s’empresse d’ailleurs de ligoter sa femme et de la traîner comme un vulgaire paquet de viande pour l’isoler et l’empêcher de nuire à ses jeux pervers.

Le changement, surtout lorsqu’il s’annonce aussi systémique que celui là, fait toujours peur.

Quoiqu’il en soit, qu’on lise le métrage sous cet angle ou sous un autre, force est d’admettre que sa violence est sans concession. Âmes sensibles vous êtes donc prévenues, The woman est clairement un film qui dépasse les bornes.

 

RÉALISÉ PAR: Lucky McKee

ANNÉE: 2011

 

 

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