AMERICAN NIGHTMARE

Et si une fois par an, on pouvait satisfaire ses pires instincts sanguinaires et meurtriers? Que se passerait-il alors le reste de l’année? Et bien la criminalité baisserait, tout comme la pauvreté, le chômage, l’insécurité et les caisses de l’État n’en seraient que plus remplies. Cette proposition délicate et ô combien immorale constitue la trame de The Purge, film à la frontière du navet, qui pose cependant quelques questions fascinantes.

Dans un futur proche, Ethan Hawke interprète un père de famille (James Sandin) qui a fait fortune en vendant des systèmes de sécurité. Le soir de la purge annuelle, son jeune fils laisse entrer dans la maison un homme pourchassé. Les poursuivants réclament alors la restitution de leur proie sous peine d’éliminer toute la famille. La nuit sera mouvementée.

The-Purge-Movie

Ethan Hawke dans American nightmare, réalisé par James DeMonaco et sorti en 2013.

S’érigeant sans honte comme un patchwork où se mêlent çà et là des recettes et des références ressassées (maison assiégée, coupure de courant, masques), distillant avec une lenteur pénible des péripéties dont on devine immédiatement le déroulement, The Purge pêche par une approche artistique trop prudente et convenue. Fort heureusement la fin relève assez bien le niveau d’ensemble et apporte tout de même son lot de satisfaction au spectateur qui aura tenu jusque la.

Le caractère indépassable de la démocratie libérale se trouve également quelque peu remis en question puisque, métaphoriquement bien sûr, ce film montre bien que malgré sa qualité, ce modèle politique a de lourds problèmes à régler et qu’il lui faudra pour cela recourir à des solutions que l’esprit humain n’a peut-être pas encore envisagées. La chute du haut de la falaise fiscale, évoquée lors d’un flashback, et la fatale ghettoïsation du pays seront des conséquences inévitables du mode de développement des Américains.

The Purge cultive un aspect provocateur puisqu’il postule que l’État Américain, le « lion » des États, pourrait vouloir conserver sa domination à tout prix, et miser pour cela sur l’épuration « légale » de sa société et le racket de sa population, ce qui n’a rien d’extravaguant puisque Goldman Sachs, première banque mondiale, a par exemple parié sans scrupule contre ses propres clients afin de renforcer son pouvoir financier à l’occasion du scandale dit « Abaccus ».

La position du dominant permet de décider de tout, de ce qui est bien ou ce qui ne l’est pas, sans craindre de représailles de la part du reste du monde. Par ailleurs il est fort rare que, parvenu à un certain standing, l’on apprécie de régresser. En ce sens The Purge est un véritable film d’horreur puisqu’il tend à la représentation métaphorique, dans un sens tout à fait original, d’une des grandes peurs du monde moderne qu’est l’impossibilité matérielle pour des Etats qui se sont construit sur des emprunts et des budgets votés en déficit, de combler leurs dettes. Or, puisqu’en démocratie le pouvoir est sensé appartenir au peuple, c’est bien de la dette du peuple qu’il s’agit…

RÉALISÉ PAR : James DeMonaco

ANNÉE: 2013

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *