TERREUR (DREAD)

Film en apparence bateau, Terreur finit par charmer tant il est puissant et bien construit. Éprouvant et sombre, il laisse derrière lui la peur et le questionnement.

Un étudiant en philosophie décide de présenter un mémoire sur la terreur et recrute pour ce-faire quelques camarades. Ensembles ils vont entreprendre l’étude des traumatismes et plus précisément de la confrontation avec ces derniers, démarche par eux surnommée : « trouver la bête ».

Le matériau de base de ce magnifique film d’horreur est le traumatisme. Un choc à un moment donné de l’existence qui a laissé une empreinte indélébile à celui qui l’a reçu, et qui le hante en permanence. Le premier objectif des 3 chercheurs est donc de recruter des traumatisés. Eux-mêmes ont tous subis des épreuves lourdes : l’une ne supporte plus la viande, l’autre les voitures, et le dernier fait de violents cauchemars. Dans un premier temps le film explique les circonstances dans lesquelles sont advenues ces peurs rémanentes.

dread terreur

Hanne Steen dans Terreur, réalisé par Antoni Di Biasi et sorti en 2011.

Le leader du projet est celui qui a subi le plus lourd choc et force est de constater que les traces qu’il en conserve sont comme des marques au fer rouge. Totalement obsédé par cette idée de « trouver la bête », il cède parfois à des accès de démence. Lors d’une conversation nocturne au bord de l’eau, il évoque la notion de guérison. C’est en réalité lui-même qu’il tente de soigner, il ne rédige plus simplement un mémoire. Totalement déséquilibré, il entraîne malgré eux ses collègues dans les tréfonds de la terreur.

Le film se concentre en grande partie sur les acteurs et leurs interrelations. Les dialogues, sans être profonds, sont soignés. Il s’y développe un jeu d’influences et d’antagonismes remarquablement agencés. L’on assiste à un beau manège de séduction et de plaisir : l’opposition caricaturale du bad-boy séducteur et de l’intello coincé n’est en fait que la dichotomie initiale d’une vaste toile en clair-obscur où la peur et l’espoir s’entredéchirent. Sur ce point de vue précis, sont recréées la même veine et la même étrangeté que dans Brick (Rian Johnson 2005) mais, alors que ce dernier brillait par sa charmante noirceur, Terreur se distingue par son très haut degré d’horreur.

Car il faut souligner la puissance horrifique de ce film. L’idée du leader est de faire face à la terreur pour l’explorer, par conséquent son mode opératoire s’apparente rapidement à de la torture. Planqué derrière de pseudo velléités scientifiques, il laisse libre cours à son imagination et fait preuve d’une cruauté sans bornes, pour provoquer l’affront avec la bête : le fameux choc dont pourrait éventuellement jaillir la (sa) rédemption. C’est en tout cas ce que l’on découvre au fil d’un scénario machiavélique, construit en cascades régulières vers les abysses de l’horreur.

 RÉALISÉ PAR : Anthony Di Blasi

ANNÉE : 2009 (réalisation) / 2011 (sortie DVD)

 

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