SUSPIRIA

Bien que peu ébruitée, l’existence de temples de magie noire et de dévotion satanique n’en reste pas moins une réalité. Suspiria, légitimement considéré comme le meilleur film de Dario Argento, traite précisément de cela par le biais des mésaventures d’une jeune fille (Suzy Bannon) parachutée au sein d’une école de danse des plus étranges.

En découvrant peu à peu le mystère de l’école, Suzy sera amenée également à se découvrir elle-même au gré d’un parcours initiatique qui préfère à l’aspect onirique d’Alice au pays des merveilles ou fantastique du labyrinthe de pan, un ésotérisme frontal présent dans la quasi-totalité des images.

C’est surtout dans les décors que Dario Argento a travaillé cet ésotérisme. Les murs de l’école de danse renferment autant de secrets que l’équipe enseignante sinon plus. Ils sont un élément de la narration à part entière ainsi que le dévoilera le dénouement de l’intrigue. Un soin remarquable leur a donc été apporté et l’on ne peut  immédiatement qu’être frappé par la beauté baroque de cette immense demeure aux teintes écarlates bordées de noir. D’abord impénétrable et dissimulée dans la pénombre lorsque Suzy s’en voit nuitamment refuser l’entrée, elle révèlera, séquence après séquence, l’immensité de ses volumes et l’étrangeté de son aménagement.

jessica harper dans suspiria film de dario argento

Jessica Harper dans Suspiria, réalisé par Dario Argento et sorti en 1977.

Au-delà de cette beauté des couleurs et des formes architecturales, on retrouve dans les décors une flopée de symboles savamment travaillés qui peuvent aller du petit détail (la lampe d’ascenseur maçonnique) à des espaces tout entier (la piscine cercueil), lesquels offrent une grille de lecture du film amusante pour les amateurs de sciences occultes.

L’action se déroule en quasi-totalité entre les murs de l’école mais, pour autant, on ne ressent pas l’oppression carcérale d’un Magdalene sisters ou le confinement malsain d’un Salo. Résultat dû en grande partie au fait que l’espace est démultiplié et qu’il constitue (comme indiqué ci-dessus) l’élément majeur du film. Ainsi, l’école et son mystère comprennent des relais qui exigent pour Suzy d’en établir une cartographie en faisant appel, d’une part, à son astuce (en comptant les pas dans les couloirs par exemple) et, d’autre part, à sa progression dans l’énigme (qu’est-ce donc que ce mystérieux iris bleu?).

A ce soin des décors, Argento ajoute une utilisation virtuose de l’inquiétante bande son composée par Goblin: une mélodie de boite à musique mêlée de râles bestiaux qui soutient sans faiblir le récit afin d’en souligner les phases marquantes, annoncer la peur ou, le plus souvent, pour la susciter, non sans succès d’ailleurs.

Outre ses évidentes qualités plastiques, Suspiria tient également une place de choix dans l’histoire du cinéma de genre. Au sein de la filmographie d’Argento, tout d’abord, il dénote par le fait qu’il s’émancipe des codes contraignants du Giallo, jusqu’alors scrupuleusement respectés par le maître italien, et présente une certaine liberté de ton.

Au sein du cinéma d’horreur, ensuite, on en retrouve des traces un peu partout comme par exemple au travers du labyrinthe de Shining (1980), la mort du pianiste aveugle de L’au-delà (1981) ou encore les complots sataniques bizarres des éprouvants La secte sans nom (1999) et Martyrs (2008).

Perfectionniste, Argento a réalisé des suites à Suspiria, suivant la trame du livre dont il s’est inspiré (Suspiria de profundis de Thomas de Quincey consacré à 3 sorcières : la mater suspirarium, la mater lachrimarum et la mater tenebrarum). Notons simplement que ces films, respectivement intitulés Inferno (1980) et La troisième mère (2007), n’égalent pas la beauté et l’efficacité de Suspiria.

RÉALISÉ PAR : Dario Argento

ANNÉE : 1977

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