SECONDS

Acheter sa propre mort pour démarrer une nouvelle vie, voilà qui pourrait en intéresser plus d’un. Mais une entreprise qui proposerait ce genre de services ne pourrait, par définition, avoir pignon sur rue et devrait obligatoirement prendre la forme d’une organisation secrète, blottie dans l’ombre du droit et de l’éthique.

John Frankenheimer imagina en 1966 une organisation de ce type appelée les « seconds », qu’il mit en scène dans un film éponyme (titre français : L’opération diabolique).

Le principe de recrutement de cette secte étonnante réside dans un chantage par lequel des gens sans histoire sont mis dans une situation compromettante et sont obligés de se plier aux exigences de l’organisation, sous peine de voir leur réputation ternie à tout jamais. Une fois mis devant le fait accompli, l’impétrant doit signer un contrat par lequel il accepte de mourir, administrativement et physiquement parlant, puis de renaitre en tant que « seconds ».

scène de liesse chez les Seconds

Seconds, réalisé par John Frankenheimer et sorti en 1967.

Il doit alors se plier à leurs codes et pratiquer leurs coutumes sans trop poser de questions. Toutefois, dans la mesure où il a intégré la secte de force, le personnage principal de ce film n’y va pas de bonne grâce et son apprentissage prend rapidement une tournure dantesque. Pas facile, en effet, de servir une cause dont on ne connaît rien..

Remarquable film d’horreur, Seconds place le spectateur face à une peur latente de notre siècle : celle de la manipulation du monde et de nos vies par des sectes de tous ordres (également apellée: théorie du complot). Mais c’est surtout un remarquable film tout court, avec une montée en pression menée de main de maître jusqu’à la dernière image.

Frankenheimer sait délivrer progressivement, avec pudeur et parcimonie, les clés de compréhension de l’intrigue afin d’entretenir le suspense. Dans ce cadre, les premières séquences pendant lesquelles la secte contacte sa future victime en mettant sur sa route nombre d’indices plus ou moins occultes et le baladant en des lieux de plus en plus étranges, sont clairement magnifiques.

Finalement les seconds ne parviendront pas à donner de sens à la vie de leur nouvelle recrue, laquelle devra se résigner à trouver au fond d’elle-même les forces nécessaires à son salut, s’égarant tantôt dans les brumes de l’alcool, tantôt dans le conformisme béat, jusqu’à ce que se pose fatalement la question du retour (ou pas) à la vie normale. Question épineuse dont la réponse qu’y apporte Frankenheimer résume relativement bien, dans son principe, la question sectaire en général.

REALISE PAR : John Frankenheimer

ANNEE : 1966

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