SAGA RIVIERES POURPRES

Le patrimoine culturel Français recèle quelques pellicules des plus sombres et des plus charmantes à l’image des Rivières pourpres, adaptation par Matthieu Kassovitz du roman éponyme écrit par Jean Christophe Grangé en 1997.

En revanche l’industrie du cinéma Français, qui a rebondi sur le succès de ce film en lui proposant une suite (les rivières pourpres 2: les anges de l’apocalypse), n’a laissé aucun doute quant au fait qu’elle ne vise plus à enrichir notre culture mais simplement à divertir et faire du profit.

Les rivières pourpres I (Matthieu KASSOVITZ, 2000) :

Sous la lumière blafarde d’une salle d’opération, le corps d’un homme atroçement mutilé attend son autopsie. La caméra glisse lentement sur ses blessures et ses amputations comme pour faire patienter le spectateur avant l’arrivée du commissaire Niemans (Jean Reno).

A peine arrivé, celui-ci soupçonne le meurtre de faire partie d’un vaste projet criminel.

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Les rivières pourpres, réalisé par Matthieu Kassovitz en 2001.

A environ 200 km de là, le jeune lieutenant Max Kerkérian (Vincent Cassel) enquête quant à lui sur la profanation de la tombe d’une certaine Judith Hérault, décédée dans un accident de la circulation à l’âge de 10 ans. De son côté, Niemans découvre un second cadavre qui porte les mêmes traces de mutilation que la première victime. Il n’est autre que le suspect recherché par Kerkérian.

Habilement, les enquêtes se croisent et s’entremêlent, entretenant une sorte de dialogue à distance fait d’échos et de résonances jusqu’à ce qu’elles fusionnent, enfin, au coeur des Alpes.

Le duo de choc unit alors ses forces pour traquer ceux qu’ils soupçonnent d’appartenir à une sorte de guilde de moines-soldats mais, rapidement, les choses se compliquent. En plus d’être sadique et rituelle, la série meurtrière semble avoir été commise par nostalgie de la plus dangereuse idéologie politique du siècle passé…

Exclusivement tourné sur le sol national, Les rivières pourpres met magnifiquement en valeur le patrimoine français. On peut y apercevoir, par exemple, la méconnue (mais charmante) chapelle de Taninges (XIIIè siècle, Haute-Savoie) ou encore l’Office national des études et recherches aérospatiales de Modane-Avrieux (Savoie), qui a gentiment accepté de prêter ses lourdes façades aux besoins de la représentation de l’université imaginaire de Guernon (ville créée de toutes pièces par J.C. Grangé).

Globalement sur la retenue (en termes visuels) et fort bien tourné, ce premier opus de la saga a su retranscrire fidèlement l’esprit torturé et macabre du roman qu’elle adapte.

Les rivières pourpres II, Les anges de l’apocalypse (Olivier DAHAN, 2004) :

Il fallait s’y attendre, Les anges de l’apocalypse est un navet. Il ne suffit que de quelques instants pour s’en convaincre.

Dès les 10 premières minutes sont condensés, d’emblée, tous les éléments qui ont fait le succès du premier opus :  lente et glauque crime-scene introductive, phobie des chiens du commissaire Niemans, scène de combat typée kung-fu dans un squat…

L’idée est clairement d’utiliser la franchise « rivières pourpres », d’y ajouter quelques chansons d’Iggy pop, quelques personnalités célèbres (Johnny Hallyday, Christopher Lee), une bonne dose d’acrobaties spectaculaires explicitement empruntées à Yamakasi, et d’essayer de créer un pur produit de consommation visuelle prémâchée.

L’identité du producteur, Luc Besson, suffit pour une large part à expliquer la démarche.

Les rivières pourpres II, les anges de l'apocalypse, réalisé par Olivier Dahan en 2004.

Les rivières pourpres II, les anges de l’apocalypse, réalisé par Olivier Dahan en 2004.

Le fond s’avère tout aussi décevant que la forme. Olivier Dahan ne proposant qu’un vague magma de gnose de bas étage, incompréhensible et truffée d’inexactitudes, reconnaissables par quiconque a fait deux leçons de catéchisme dans sa vie.

Comble de la pauvreté intellectuelle, l’intrigue est à nouveau sous-tendue par des références au nazisme dont la récurrence n’ont d’égale que la stupidité avec laquelle elles sont amenées.

Enfin, pour couronner le tout, le réalisateur se complait à multiplier les scènes gores, pensant sans doute upgrader l’aspect visuel du métrage mais ne faisant, en définitive, que le rendre encore plus indigeste.

Sans qu’il soit nécéssaire d’insister sur ce film, qui n’en vaut pas la peine, il est toutefois de bon ton d’avertir les cinéphiles qui auraient aimés le premier opus, de ne pas perdre leur temps en se laissant duper par l’aspect aguicheur du second.

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