RED STATE

Trois adolescents sont capturés par une dangereuse secte alors qu’ils se rendaient chez une (soi-disant) femme libertine rencontrée sur internet. En lieu et place de l’orige sexuelle escomptée, ils se retrouvent ligotés et baillonés, comme préparés pour une sorte d’étrange sacrifice.

Punis par là où ils ont péché, les trois aventuriers prépubères  sont immédiatement mis au parfum : le sexe est interdit par la bible, du moins en dehors des usages reproductifs. Aussi, sa pratique dans d’autres buts doit elle être châtiée car elle est un signe avant coureur de la dégénérescence de l’Amérique et, plus largement, du genre humain dan son ensemble.

Fort heureusement pour eux et pour l’humanité, le bon père Cooper (Michael Parks) veille au grain et déploie toute son énergie à remettre les mœurs de notre siècle dans le sens qu’il juge être le bon.

Michael Parks dans Red state, réalisé par Kevin Smith et sorti en 2011

Michael Parks dans Red state, réalisé par Kevin Smith et sorti en 2011.

La quesion centrale de ce film est donc posée d’emblée : est-il juste de punir le mal par le mal? Plus précisément, en l’ocurrence, est-il juste de punir le péché de chair par celui d’homicide?

Très rapidement Red State plonge dans ce chaos paradoxal de la pensée sectaire et en cerne les contours avec une certaine justesse. Le parti pris est celui du film d’horreur assumé, rapide et punchy. A certains moments on croit presque être dans un reportage sur les dernières heures du temple solaire. Et c’est finalement ce réalisme qui crée l’effroi, loin des conversations complexes (même si le film est superbe) de The Master (Paul Thomas Andersen)  ou des flashbacks et flashforwards à répétition de Martha Marcy May Marlene (Sean Durkin) sortis à peu près à la même période.

L’enracinement du monde moderne dans le vide spirituel a très logiquement favorisé l’essor des formes autogènes de spiritualité, les groupes religieux de tous ordres pullulent çà et là, non pas pour servir une éventuelle idée du bien, mais plus vulgairement dans l’objectif d’apporter du réconfort à l’homme et de calmer sa peur de la mort. Le fanatisme n’a plus de limites, la faiblesse de certains et la démence de quelques autres peuvent, si elles sont combinées, générer une alchimie qui n’a pour seuls aboutissements que la folie, la violence, et la mort.

Pareil choix de vie n’implique, hélas, pas que les seuls fidèles des sectes mais aussi leurs familles: des jeunes gens qui sont nés au sein de l’organisation et qui n’ont pas connu d’autre schèmes de pensée, des vies sacrifiées sur l’autel de l’irrationnel, au nom d’une morale qui n’a aucun sens. Et, même si la forme reste très scolaire et qu’elle relève d’un anticléricalisme à peine dissimulé, l’ensemble donne nénamoins un résultat cinématographique relativement intéréssant avec quelques beaux dialogues et répliques, comme celle-ci, prononcée en fin de film et qui en résume bien l’esprit global :

« Les gens font des choses bizarres quand ils croient faire ce qu’ils veulent;

ils font pire quand ils croient tout court. »

RÉALISÉ PAR : Kevin Smith

ANNÉE : 2011

 

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