POSSESSION

« Malgré tous les prix, tous les honneurs qui me sont revenus, jamais plus un traumatisme comme celui-là, même pas… en cauchemar ! » s’est exclamée Isabelle Adjani quelques années après le tournage de Possession.

Et pour cause, comme dans la plupart des films de Zulawski, l’effort demandé aux acteurs est énorme. Ils surgissent en permanence à l’écran dans une sorte d’état de transe pour réciter de longs monologues à mi-chemin entre la poésie, la philosophie et la prière. Ils sont sommés de pousser au maximum leur capacité d’hystérie et ce, parfois, pendant des plans séquences de plusieurs minutes (cf : l’incroyable scène de hurlements dans le tunnel, un véritable choc).

Isabelle Adjani dans Possession, réalisé par Andrzej Zulawski et sorti en 1981.

Isabelle Adjani dans Possession, réalisé par Andrzej Zulawski et sorti en 1981.

Adjani y campe une femme qui part en vrille. A l’occasion du retour de son mari, elle se retrouve en proie à des accès de violence de plus en plus fréquents et se rend régulièrement dans un appartement où elle le trompe avec une créature répugnante.

A aucun moment on ne sait si on est dans un rêve, une réalité déformée, un film fantastique, un trip à la drogue dure ou même une performance expérimentale. Il s’agit d’un film qui appartient au club select des « œuvres d’art pures », sans aucune visée de divertissement ou d’engagement socio culturel quelconque.

Partant, ceux qui y recherchent de l’horreur racoleuse seront bien déçus. Possession est inclassable et la seule épouvante qu’il crée est de nature métaphysique. C’est une longue complainte hallucinée sur le thème de la destruction du couple. Des variations sur cette alchimie au demeurant très énigmatique qui transforme l’amour en haine féroce et qui laisse l’homme dans un désarroi profond.

Tout comme dans les autres films de l’étonnant cinéaste Polonais, au premier rang desquels Sur le globe d’argent, les acteurs multiplient les adresses caméra au cours desquels ils invoquent une sorte de présence extérieure que l’on ne parvient pas vraiment à identifier. S’agit-il du réalisateur, de l’artiste ? Ou bien s’agit-il de Dieu ? Ou bien de tout cela à la fois ?

Nul ne peut le dire mais, quoiqu’il en soit, cette « tierce présence » est effectivement là lorsque l’image se met en mouvement. Elle est le regard omniscient, celui qui regarde les hommes s’agiter dans leurs affaires comme pour en questionner l’utilité. L’éternel oeil du temps.

Elle est aussi le regard du réalisateur lui-même, bien entendu, qui regarde son passé et agit ici comme dans une sorte de psychothérapie par le cinéma (ce film fait suite à sa rupture avec sa première femme, tout comme La fidélité viendra, en 2000, remuer les cendres de sa relation avec Sophie Marceau).

L’ensemble des sentiments contradictoires et désespérés qui sont susceptibles de nous accabler dans la tourmente sentimentale sont ici représentés sous une forme délirante, totalement déformés et poussés à l’extrême. Le jeu hallucinant d’Isabelle Adjani qui fait écho au titre même du film, en est l’illustration la plus claire.

Etanche à la critique « classique », Possession ne saurait être vu comme une succession de symboles ou d’enseignements, il s’agit simplement d’une rencontre esthétique parmi les plus radicales qui soient, avec le chaos intérieur d’un réalisateur hors norme. A savourer « brut », sans volonté d’analyse quelconque.

 

REALISE PAR : Andrzej Zulawski

ANNEE DE SORTIE : 1981

 

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