LES YEUX SANS VISAGE

Un honorable chirurgien, aidé de son assistante dévouée, greffe en secret (et en vain) sur sa fille défigurée, différents visages de jeunes femmes enlevées et séquestrées.

Considéré par certains critiques comme « le seul film d’épouvante français », Les yeux sans visage a clairement marqué les esprits en raison de sa longue et éprouvante scène de desquamation faciale, en gros plan. En 1960, cette séquence fit l’effet d’un séisme. Plusieurs personnes durent être évacuées des cinémas suite à des malaises, certaines salles interdirent même la projection.

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Alida Vali dans Les yeux sans visage, réalisé par Georges Franju en 1960.

Ravi de cette agitation, Franju se plaisait à qualifier son travail de « vrai cinéma », honnête face au côté sombre du monde et permettant au spectateur de s’y confronter dans le confort et la sécurité de son fauteuil.

Au-delà de son impertinence visuelle, Les yeux sans visage effraie surtout par l’apparente normalité de ses personnages. Genessier (le médecin) et son assistante sont parvenus à créer une mascarade sociale parfaite : habits impeccables, bonnes manières, maison bourgeoise… Une impénétrable « neutralité » de façade d’où se dégage un puissant sentiment de malaise. Tout n’est que masque, à l’image de celui qui couvre le visage de Christiane entre deux greffes échouées.

Celle-ci, réduite à deux yeux flottant dans le vide, nous oblige à imaginer ce qu’elle était « avant ». Beauté volée ou détruite, elle parcourt a pas feutrés le manoir labyrinthique, femme poupée lovée dans ses sofas en attente des nouvelle « pensionnaires » qui pourront peut-être lui rendre sa jeunesse ravagée. C’est hélas peine perdue, même Edna (anagramme phonétique de damnée), à l’épiderme pourtant si prometteur ne sera d’aucun secours. En revanche, pour ce qui est de descendre aux enfers, l’innocente et jolie petite étudiante ne s’est clairement pas faite avoir.

Les années 60, deuxième moitié du siècle dernier, furent notamment l’âge où l’on accusa le coup de l’effondrement des certitudes d’antan. Sur le plan scientifique, cela permit la transition vers une épistémologie « souple ». Sur le plan social, le résultat fût la perte de repères. Ces mutations profondes et déstabilisantes semblent trouver un écho habile dans les personnages masculins paradoxaux de Franju. Des hommes amoureux de l’ordre (médecin, policier), en perpétuel échec (des greffes, de l’enquête).

Privée de balises mentales, l’humanité a dû accepter de conclure une « nouvelle alliance » avec son propre néant. Et c’est sans doute la peur que ce saut dans l’inconnu contient en lui-même que ce film tente de matérialiser, sinon de conjurer. Le chercheur ne trouvera jamais vraiment ce qu’il cherche, le policier n’éradiquera jamais définitivement le mal. Celui qui refuse d’admettre ces réalités est condamné à une incontrôlable tension intérieure, dont le regad dément de Genessier laisse entrevoir l’effroyable reflet.

REALISE PAR : Georges Franju

ANNEE : 1960

 

 

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