GRAVE

Avec plusieurs évanouissements et malaises profonds lors de sa projection officielle à Cannes et Toronto, Grave est d’emblée venu se classer au rang des films « provocs ».

Cette insolence tient avant tout à la jeunesse de la réalisatrice, Julia Ducournau, qui l’a réalisé à seulement 33 ans, soit 9 ans après sa sortie de la Femis. Auparavant elle avait participé à la rédaction de scénarios (ex : Ni le ciel ni la terre) et réalisé un téléfilm (le torturé Mange, pour Canal +).

Elle tient ensuite à un choix stylistique volontariste, celui de venir s’inscrire dans le volet underground / intello du cinéma franco-belge, en utilisant tout d’abord l’une de ses icônes (Laurent Lucas, que l’on retrouve dans Qui a tué Bambi de Gilles Marchand, ou Alleluia de Fabrice du Welz), ainsi qu’en employant le genre exigeant qu’est l’horreur. A fortiori le micro genre du film d’horreur cannibale (qui compte seulement une dizaine de longs « sérieux » et quelques nanars italiens).

Garance Marillier dans Grave, réalisé par Julia Ducournau, sorti en 2017.

Globalement, le produit fini est de grande qualité. On assiste à la découverte puis à la construction d’elle-même par une jeune adulte, sur les plans physiques, sexuels et psychologiques. Or, dans le monde tel qu’il est aujourd’hui, complexe et mouvant, cette étape initiatique de la vie est devenue plus dure à mener qu’elle ne l’était autrefois.

En effet, en plus de se dépêtrer avec la malédiction familiale, Justine (Garance Marillier) doit bâtir sa sexualité au sein d’un monde ou la libération totale des mœurs est un acquis social irréversible, tout en composant avec la gestion de son image sur les réseaux sociaux, nouveauté structurante de la société 2.0 (cf : la dérangeante scène filmée au smartphone dans la morgue).

Autrement dit, Ducournau se fait plaisir en commencant sa carrière par un film de genre, tout en y disséminant des micros reflets de ce que les grandes évolutions contemporaines peuvent avoir d’effrayant, dans une démarche très proche de celle du David Cronenberg des années 70-80.

De plus, elle utilise à l’appui de son propos une palette d’effets spéciaux de haut niveau, dont on prend notamment la mesure dans les fameuses scènes du doigt et de fin, qui impliquent la mobilisation de moyens sophistiqués. Une possibilité offerte par le confort budgétaire de cette coproduction franco-belge, à savoir 3,5M d’euros (plutôt élevé pour un premier film, le budget médian des productions françaises étant de 2,6M d’euros sur les années récentes).

Les carrières de cette jeune femme et des membres de l’équipe de Grave promettent donc d’être intéréssantes et mériteront d’être suivies à l’avenir. Une entrée en matière de ce niveau s’avérant de très bon augure.

 

RÉALISÉ PAR : Julia Ducournau

ANNÉE : 2017

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