DOOMSDAY BOOK

Littéralement Doomsday book signifie « le livre du jugement dernier ». Depuis 2012 c’est également le titre d’un film a sketches Coréen. Le segment central est réalisé par Kim Jee Woon (réalisateur des fabuleux: 2 soeurs, A bittersweet life et I saw the devil), tandis que les deux autres sont l’oeuvre de Yum Pil Soon.

Dans la première séquence, un virus alimentaire décime la population d’une mégapole asiatique, rendant les gens pareils à des cadavres, ivres de sang et de sexe. A la source de ce chaos, un jeune homme timide et introverti qui erre dans la nuit, à la recherche d’un éventuel salut.

La seconde séquence oppose les deux ennemis de toujours que sont la science et la religion. Dans un monastère bouddhiste un robot domestique s’est rangé au côté des moines et a trouvé l’éveil, ce qui fait de lui un Bouddha. Le responsable de la firme robotique se rend sur les lieux pour s’occuper dudit robot, donnant alors lieu à un dialogue fabuleux confrontant la raison scientifique à la foi religieuse.

Doomsday Book, réalisé par Kim Jee-woon et Pil-Sung Yim, sorti en 2012.

Doomsday Book, réalisé par Kim Jee-woon et Pil-Sung Yim, sorti en 2012.

La dernière séquence, enfin, met en scène une famille dont la petite dernière à commandé une boule de billard sur un site internet des plus étranges. Au même moment, une météorite, précisément en forme de boule de billard, arrive sur la terre à grande vitesse, apportant avec elle l’apocalypse.

Ces variations autour du thème des extrêmes limites de la condition humaine sont vraisemblablement liées entre elles malgré leurs différences de ton. Dans un premier temps Yum Pil Soon grâce à une intéressante plongée métaphorique dans la Genèse, montre comment l’homme est seul responsable de son autodestruction. Le capitalisme, la surconsommation, entraînent avec eux des conséquences dramatiques pour la planète et pour l’humanité, que l’homme a finalement lui même voulues et cautionnées inconsciemment.

Le second segment illustre avec magnificence les échecs cumulés de la science et de la religion pour trouver un sens à l’univers et à la vie humaine. L’assimilation parfaite par une machine des préceptes du Bouddhisme, permet à cette dernière de reproduire voire de dépasser les moines dans leur chemin sur la voie de l’éveil, questionnant ainsi la dimension surnaturelle de leur démarche. Pris au dépourvu, le gratin de l’industrie robotique tremble devant ce qu’il a lui même créé et doit détruire sa propre machine, devenue trop perfectionnée, ébranlant du même coup sa toute-puissance.

Une fois posé que l’homme est seul responsable de ce qui lui arrive, et que les échappatoires dogmatiques à ses souffrances (religion, assistanat technologique) sont vides de sens face à la marche inébranlable de la vie et du temps, Yum Pil Soon prend le relais pour proposer une allégorie gnostique de l’apocalypse.

En mettant en scène des aliens dans son segment il pose l’hypothèse que nous ne connaissons pas tout du cosmos. Nous sommes peut être les pions d’un gigantesque jeu qui contient des règles mais aussi une part de chance. Cette dimension ludique est soulignée par l’énorme boule de billard fonçant à toute allure sur la terre, la n°8, la dernière boule, celle qui clôt le jeu de l’univers.

Les trois scénettes sont reliées entre elles par leur habile décalage entre l’humour et l’horreur. Elles mêlent subtilement la vision orientale de la fin du monde, en évoquant le bouddhisme et les circuits de la matière, avec des références ça et là au christianisme et à la bible. Les médias font l’objet d’une critique cinglante et sont montrés comme abrutissants. Doomsday book met en scène l’humanité au delà de ses excès. L’inconscience humaine et l’insaisissabilité précise du sens de la vie peuvent potentiellement laisser naître les conditions de notre propre destruction. La modification substantielle de nos habitudes alimentaires par rapport aux cycles de la terre, l’abandon de toute spiritualité pour ne faire confiance qu’à la science et à la technique, la part invisible de la création, sont autant de vecteurs d’anéantissement de l’humanité que le film pousse volontairement jusqu’à leurs paroxysmes pour en montrer toute l’horreur.

Globalement Doomsday book est remarquablement bien traité, et pose de vraies questions. La participation de Kim Jee woon dans l’épisode du moine-robot, exceptionnelle de talent et de beauté, rappelle ces mots de Nehru qui, au sens figuré, sont aussi importants pour l’orient que pour l’occident :

« Pouvons-nous concilier le progrès scientifique et technique, et le progrès spirituel? il n’est plus possible d’ignorer sciences et techniques, car elles représentent les données fondamentales de notre époque. Mais nous avons encore bien moins le droit aujourd’hui de manquer de fidélité aux fondements de notre tradition spirituelle. »

RÉALISÉ PAR: Kim Jee-Woon et Pil-Sung Yim

ANNÉE: 2012

 

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