DELIVRANCE

Réalisé en 1972 par John Boorman, Délivrance est un film sur la nature. Celle qui nous entoure mais aussi celle qui nous constitue.

Quatre amis partent faire du canoë dans une contrée sauvage des Etats-Unis et se retrouvent aux prises avec les « locaux », une population qui vit loin, très loin de la civilisation.

Le film s’inspire du mythe du retour à la nature dont il tente de signaler les éventuels dangers. En souhaitant retrouver le contact avec la terre mère, l’homme moderne se rapproche également de son animalité primaire. Loin du développement technique et industriel, en pleine forêt, les notions de loi et de morale n’ont plus cours. Et si pareil dépouillement peut être extrêmement bénéfique pour l’homme, il peut également l’anéantir violemment. En effet cela va faire du bien aux messieurs de la ville, de découvrir dans la première séquence qu’un jeune dégénéré de l’arrière-pays peut cacher un véritable génie de la musique qui les surpasse de loin malgré leur imposant bagage technique. Mais aux vertus édifiantes de cette rencontre va rapidement succéder un enchaînement d’épreuves morales et physiques qui les transformeront encore, sur un tout autre registre.

Deliverance 1

Un des jeunes dégénérés de Delivrance, réalisé par John Boorman et sorti en 1972.

L’homme moderne, porté par les progrès de la science et de la technique, se cache du regard de Dieu dont il nie farouchement l’existence. Parallèlement, puisqu’il a tout de même besoin de transcendance, il trouve, entre autre, refuge dans le naturalisme qui lui permet « d’entrer en connexion avec les énergies primaires », c’est à dire retrouver le contact avec la terre-mère et se ressourcer. Le remède aux maux de l’humanité n’est plus dans le ciel au-delà des nuages mais sous nos pieds et tout autour de nous. Le flux incessant de la rivière que descendent les aventuriers de Délivrance semble précisément symboliser l’écoulement du temps et de la vie, voire même accompagner le scénario: aux sections tranquilles et majestueuses succèdent rapides et cascades.

Délivrance est un film d’angoisse, voire d’horreur, mais c’est avant tout un beau film, dans lequel les  décors, les dialogues et la direction des acteurs, portent encore l’application et la beauté qui caractérisaient le cinéma de la fin du 20ème siècle. L’horreur n’y réside pas dans la saturation des rétines et du mental ainsi qu’il en va dans la majorité des canons contemporains du genre, mais plutôt d’une ambiance glauque distillée tout au long du film grâce à des détails fugitifs. Le regard inquiétant d’un jeune dégénéré qui regarde passer les canoës, la pesanteur du silence qui s’installe à la tombée de la nuit, le ton d’une conversation qui dégénère, une balle qui siffle à côté du personnage principal sans qu’on sache d’où elle vient…

Comme tous les films réussis, Délivrance a eu une influence considérable sur le cinéma et en particulier le cinéma d’horreur qui, par la suite, a souvent réinterprété le thème des dégénérés ruraux, mais aussi les dangers du retour à la nature. Ainsi par exemple en 2005 Kim Chapiron axera toute l’horreur de Sheitan sur les bizarreries sexuelles liées à la dégénérescence rurale. La même année Wolf creek de Greg Mc Lean montrera comment une randonnée sauvage dans les grands espaces Australiens peut tourner au drame. Les films qui ont subi l’influence de Délivrance sont extrêmement nombreux et de qualité variable, mais une chose est sûre: il parait improbable que l’un d’entre eux parvienne à imiter l’intelligence, l’élégance cinématographique et la beauté du grain des images tournées par John Boorman.

RÉALISÉ PAR: John Boorman

ANNÉE: 1972

 

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