BEGOTTEN

Les films qui constituent une expérience cinématographique et existentielle restent rares. On a tous en mémoire quelques films coup de poing qui ont pu nous marquer comme Eraserhead de David Lynch, Pi de Darren Aronofsky ou encore Tetsuo de Shinya Tsukamoto.

Begotten d’Elias Merhige en est. Film choc, expérimental et radical dont les images resteront gravés dans votre esprit longtemps après la première vision, des nuits et des nuits durant.

Begotten (littéralement : né de procréation naturelle) est une illustration somme toute classique de la gnose : un dieu, méchant, dans une magnifique scène d’introduction, se suicide avec un rasoir. Vient une femme, la Terre mère, qui se féconde avec le semence du dieu mort pour donner naissance au fils de la Terre. Tous deux seront torturés, violés, démembrés par des tribus nomades. De cette souffrance interminable et toujours recommencée jaillira la vie. Voilà la trame de ce long poème visuel, avec pour unique bande son plaintes et sourds grognements.

Scène de la "mort de Dieu" dans Begotten, réalisé par Elias Merhige en 1991.

Scène de la « mort de Dieu » dans Begotten, réalisé par Elias Merhige en 1991.

Begotten met en scène la création du monde en inversant l’imaginaire judéo-chrétien, grâce à des images à la limite du soutenable et du subliminal, afin de briser les portes de notre conscience morale traditionnelle. C’est là que réside l’incroyable expérience existentielle de Begotten. Bousculer un imaginaire collectif avec des scènes archétypales et mythiques savamment manipulées.

Merhige va choisir le noir et blanc et un procédé technique spécial permettant de grossir le grain de l’image la rendant floue et sale. Les séquences sont essentiellement basées sur le principe de répétition voire même de clignotement. Le spectateur se fait peu à peu dévorer par la lutte du noir et du blanc sur l’écran.

On regardera donc avec précaution cette œuvre étrange et dérangeante qui a su rencontrer un succès d’estime, sans plus. Peut-être est-elle née trop tard ? En 1991, date de sa sortie en salle, il reste peut-être difficile de surprendre  encore une industrie cinématographique de plus en plus soumise aux exigences de rentabilité. Merhige réalisera en 2000 L’Ombre du vampire qui reste un hommage honnête mais un peu convenu au Nosferatu de Murnau avant de réaliser un bien prévisible film de serial killer Supect zéro en 2004. En 2006, il réalise The Din of celestial birds, a trip throug evolution qui reprend là encore sans grande originalité les procédés techniques de Begotten. Merhige restera le réalisateur d’un film extraordinaire, d’une liberté et d’une radicalité après lesquelles il semble encore courir.

RÉALISÉ PAR: E. Elias Merhige

ANNÉE: 1991

 

One Response to “BEGOTTEN”

  • Ce film est un véritable « choc »…il est dérangeant pour bons nombres d’institutions.Ala limite du blasphème pour certains et du sadisme pour d’autres.A découvrir pour ceux qui aiment les émotions fortes….

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