AMER

Réalisé à quatre mains par un couple de cinéastes Français, Amer raconte en trois scénettes l’évolution érotique et psychologique d’une jeune femme. Sont abordés successivement son enfance, son adolescence puis l’âge adulte.

Le film est introduit métaphoriquement par de lentes images caressantes représentant une porte qui s’ouvre, bercée par une musique aiguë.  Derrière cette porte vit une jeune fille, recluse dans une immense maison bourgeoise, en compagnie de parents inatentionnés. Sa vie se résume à déambuler  dans les couloirs, à espionner les conversations et à fouiller dans les affaires de sa mère, le tout dans une pesante atmosphère de solitude, de silence et d’interdits. A cette enfance austère succédera une adolescence stricte, encadrée par l’autorité maternelle sans autres échanges que les les regards et les gifles. Parvenue à l’âge adulte, tous les élans de sensualité frustrés et toutes les peurs de la jeune femme refont surface en un magma horrifique et traumatique.

amer

Bianca Maria d’Amato dans Amer, réalisé par Hélène Cattet et Bruno Forzani, sorti en 2010.

Amer se réclame, à juste titre, du giallo, c’est-à-dire le cinéma d’horreur Italien chiadé faisant une large part à l’érotisme. Il en respecte scrupuleusement les codes et parvient à recréer cette ambiance si particulière qu’exploitaient il n’y a pas si longtemps Argento et Bava dans les années 70. Le travail des décors les fait apparaître fantomatiques et déserts ; maison, village, nature : l’espace est filmé comme une prison, l’ouverture est en réalité enfermement. Un travail intéressant est également mené sur la suggestion du tout par les parties. Corps, tenues, lumières et espaces sont segmentés, montrés sous formes de fragments qui engendrent une interactivité avec le spectateur, lequel doit en quelque sorte recomposer ses propres images.

L’érotisme est omniprésent dans ce Giallo dit postmoderne, notamment dans la scène ou la mère et la fille vont au village par une chaude après-midi d’été, cheminant à flanc de montagne, leurs courtes jupes plaquées par le vent s’immisçant parmi les plis de leurs corps. Ou dans cette autre séquence, plus tard, dans laquelle l’héroïne fantasme sur le chauffeur de taxi qui l’emmène dans la maison de son enfance, son entrejambe devenant moite tandis qu’elle se laisse poétiquement déshabiller par le vent et s’abandonne au plaisir intérieur. L’ensemble de ces séquences dans lesquelles se mêlent la sensualité et le trouble sont un hommage sincère au genre dont elles se réclament, en même temps qu’elles le modernisent efficacement.

Mais, si Amer emprunte au cinéma Italien certaines de ses composantes, il n’omet pas pour autant d’intégrer des éléments qui lui sont propres, lesquels relèvent plutôt de l’expérimentation et élèvent le film à un niveau supérieur de création. Les réalisateurs tentent de produire de l’impalpable, comme s’ils sculptaient plastiquement les émotions et les sentiments. Par une méthode consciente et appliquée, ils se livrent à un très sérieux travail sur la subjectivisation de l’image. Le son, le rythme et les cadrages participent tous de cette démarche incroyable de modélisation de l’invisible. La peur, le deuil, le désir, le fantasme, la pulsion, sont ainsi convoqués à l’écran de manière physique, alors que ce ne sont que des sentiments. Il s’agit en quelque sorte d’une expérience visuelle qui a le mérite d’élargir la dimension du cinéma et ce, en un sens nettement plus touchant que la 3D.

RÉALISÉ PAR : Hélène Cattet et Bruno Forzani

ANNÉE : 2009

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *