DERNIER TRAIN POUR BUSAN

Les temps changent, les zombies aussi. Aux avatars de moutons lobotomisés par le consumérisme succèdent les enfants survoltés et enragés de la société où tout s’accélère et où tout explose, des centrales nucléaires aux bulles spéculatives.

Sans être un chef d’œuvre, ce Dernier train pour Busan parvient habilement (et sans prétention) à brosser un portrait métaphorique de quelques uns des grands maux de notre temps.

L’incontrôlabilité du monde, d’abord. Un monde où les schémas classiques du pouvoir et de l’argent se défont, se numérisent et donnent à notre temps cette sensation, très juste, d’un train lancé à toute vitesse vers un Busan hypothétique dont on ne connaît rien.

Le creusement des inégalités, ensuite, entre les insiders et les outsiders, ceux qui sont hors du train, livrés à la barbarie et ceux qui sont au chaud dans les wagons, mais aussi, au sein des insiders eux-même, entre les riches et les pauvres, les égoïstes et les grands cœurs, les héros et les lâches.

Le dernier train pour Busan, réalisé par Song-Ho Yeon et sorti en 2016

Le dernier train pour Busan, réalisé par Sang-Ho Yeon et sorti en 2016

Avare de démagogie, le film ne nous laisse pas croire que l’adversité pourrait tout résoudre et faire spontanément se serrer les coudes aux ennemis d’hier.

Il apparaît, plus raisonnablement, que les épreuves que doivent affronter ensembles les passagers du train agissent comme des révélateurs : elles permettent, à ceux qui en sont encore capables, de faire l’expérience de ce qu’il y a de beau dans leur humanité (mais c’est hélas trop tard pour en profiter bien longtemps).

Quant aux autres, ceux qui continuent de se comporter comme des chiens (à l’image du personnage détestable du chef d’entreprise pressé), ils ne font que mourir comme ils ont vécu, sans que personne ne les regrette.

Pour un premier film (Sang-Ho Yeon n’avait fait jusqu’alors que de l’animation), le travail doit être salué. Le rythme du scénario est excellent, le travail de maquillage des zombies est particulièrement soigné et les effets spéciaux sont au niveau (on n’est ni dans de la série B fauchée ni dans de la bouillie visuelle sur fond vert, on est au cinéma en somme).

Le cinéma sud-coréen, cinéma de libération des carcans de tous ordres, cinéma de critique d’une société en pleine mutation et en quête d’identité, compte désormais un nouveau réalisateur de talent qu’il conviendra de suivre à l’avenir.

La relève des Park Chan-wook (Old boy), Kim Jee-woon (I saw the devil) ou autres Bong Joon-Ho (dont la formidable adaptation du Transperceneige refait nécéssairement surface à la vision de ce Dernier train pour Busan) semble être en train de se préparer.

REALISE PAR : Sang-Ho Yeon

ANNEE DE SORTIE : 2016

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