THE WHISTLEBLOWER

Comment croire en la justice et au droit quand ceux qui en sont les représentants sont ceux-là même qui en organisent la violation ? Une seule option, le combat. Il faut agir sur plusieurs fronts, en sous-main tout d’abord, pour réunir les preuves, puis en pleine lumière, pour les faire connaître au monde via les médias, l’opinion et, pourquoi pas, le cinéma.

En ce sens, The Whistleblower, qui raconte la scandaleuse histoire (vraie) de Kathryn Bolkovac, vécue en 1995, est un film militant. Ce qui explique sans doute la discrétion de sa sortie (direct to dvd) et la faible communication dont il fit l’objet.

Envoyée en Bosnie Herzégovine au sein d’une brigade de police privée mandatée par l’ONU, Kathryn réalise rapidement qu’elle n’est pas venue pour rien. Les cendres encore brûlantes d’un sombre passé sur lesquelles tentent de s’ériger de fragiles états nations sont très loin des standards de l’état démocratique français ou américain.

Impliquée et volontaire, elle découvrira petit à petit l’existence d’un réseau de traite d’êtres humains de grande ampleur, largement couvert par la compagnie qui l’emploie et par les hautes sphères de l’ONU.

the-whistleblower seule contre tous

Rachel Weisz dans The whistleblower, réalisé par Larysa Kondracki et sorti en 2010.

Il s’agit de jeunes filles vendues par leurs familles ou kidnappées directement puis utilisées dans des réseaux de prostitution. Les proxénètes confisquent leurs passeports et leur en font miroiter la restitution en échange de quelques mois de travail. Elles dansent alors toutes les nuits dans des bars glauques en attendant que des expatriés pervers et jouisseurs viennent louer leurs services. Mais le passeport ne revient jamais.

La mise en scène et la photographie, très sobres, n’en rajoutent pas et servent plutôt un réalisme dérangeant. Des propriétés esthétiques seyant parfaitement au sujet abordé, bien plus, par exemple, que dans le très récent Eden (réalisé par Megan Griffith en 2013) qui, sur le même sujet, avait adopté un style bien plus romancé (les moyens de détention des filles, notamment, sorte de pseudo camps de concentration, sont limite loufoques…).

De même, le scénario et la portée de The Whistleblower délaissent toute ambition de distraction ou de divertissement au profit d’une édifiante réflexion juridique et éthique. La théorie universaliste des droits de l’homme y est remise en cause par la démonstration de son ineffectivité pratique. Une ineffectivité autant due aux difficultés du contexte local (en l’occurrence, les frictions ethniques et religieuses dans les plaies encore béantes du communisme), qu’à la part sombre de certains hommes (corruption, perversion, appât du gain).

Cette contradiction inhérente au droit (qui doit fatalement composer avec le fait), se prolonge dans un écho d’ordre métaphysique. En effet, on peut considérer que le sacrifice que Katrhyn fait de sa sécurité personnelle afin de faire éclater la vérité et rétablir la justice, confère à son personnage quelque chose de christique. Et sa démarche sacrificielle s’oppose au monde de pouvoir et d’influence qu’elle combat qui, à l’inverse, matérialise particulièrement bien la conception gnostique d’un univers irrésistiblement soumis aux forces du mal, supposé intrinsèquement mauvais.

Pour l’ensemble de ces raisons, The Whistleblower est un grand film dont la vision est presque un acte civique. Le regarder, c’est participer à la dynamique qui le sous-tend, c’est-à-dire la mise en lumière, le porter à connaissance et l’entretien du souvenir d’actes particulièrement graves et injustes, commis par les dirigeants d’organisations qui ont pignon sur rue.

RÉALISÉ PAR : Larysa Kondracki

ANNÉE : 2010

 

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