THE TREE OF LIFE

Il est des fois où notre horizon artistique semble comme dépassé. J’entends par là que l’adéquation entre notre attente et le travail de l’artiste est telle que l’on s’imagine que rien désormais n’aura la même saveur ni la même intensité que ce que l’on vient de voir. Comme l’impression que tout est vu. Et lorsque j’ai quitté la salle quasiment vide de The tree of life j’ai eu cette sensation, frustrante autant qu’enivrante, de savoir que j’avais vu quelque chose de difficilement égalable.

Malgré un cadre restreint à la cellule familiale, une distribution minimaliste et une intrigue modeste, Terrence Malick parvient à proposer un film Pascalien, tentant de prouver artistiquement l’existence de Dieu, doublé d’une avancée dans le travail cinématographique en tant que tel.

La portée biblique du film est annoncée dès la première image qui, en l’espèce, est une citation du livre de Job (ancien testament). Citation originale et  mystérieuse dont le sens à lui seul contient toute la problématique du film, à savoir : la vie ne récompensant pas objectivement ceux qui respectent la vertu, que peut-on gagner à vivre en se contraignant à l’observer ?

Pour y répondre, le réalisateur adapte l’épisode bliblique à sa vision, moderne, du problème. Ce qu’il retire principalement de Job, c’est la contradiction absolue de la situation. Celle d’un homme sacrifiant son existence sur terre pour glorifier Dieu en lequel il croit, mais qui pourtant se voit infliger par le destin d’atroces mises à l’épreuve. Et partant, il tente de matérialiser le recul que l’homme doit prendre sur son animalité pour relativiser ce qu’est la fatalité du destin et respecter l’incompréhensible agencement des choses en ce monde.

the tree of life terrence Malick

The tree of life, réalisé par Terrence Malick et sorti en 2011.

C’est dans ce respect insensé et noble que réside le mystère de Dieu. Car Brad Pitt, par sa résignation, montre à voir ce qu’est la vraie sagesse. Celle qui ne se venge pas, celle qui ne sombre pas dans le désespoir ni le parjure, celle qui accepte ses responsabilités cosmiques. Cette sagesse est peu ou prou la forme « d’illumination » que recherchent les mystiques et les croyants.

En cela, The tree of life est un film biblique et théologique. Mais c’est aussi un film Pascalien qui tente de prouver l’existence de « la grâce », par opposition à la seule « nature ». La puissance de ce film réside dans le véritable dilemme qui est posé. Dilemme qui, fatalement, conduit à comprendre voire envisager ce que Pascal appelle « le pari » (de penser que la grâce relève d’un agencement divin et surnaturel).

Le cinéma représente souvent des notions immatérielles par l’image, mais il est rare que les valeurs elles même du bien et du mal soient « picturalisées » par de cosmiques et métaphoriques plans séquences. Terrence Malick présente les images que lui inspirent les notions de juste et celle d’arbitraire, celle de la colère et de l’incompréhension… Tour de force inoubliable sur le plan esthétique et éthique.

L’adéquation des images choisies avec les sentiments représentés illustre un cinéma moderne et global. Comme une sorte de 3D de la pensée, The tree of life apporte conceptuellement au cinéma l’équivalent de ce qu’Avatar lui a apporté de visuel.

Les brumes luminescentes portées par le grégorien remixé ne sont pas sans rappeler les 15 dernières minutes de 2001 ou de Dante 01 (film lui aussi christique et génésique) et elles ont quelques relents des images spatiales si lentes du Solaris d’Andreï Tarkovsky.

Outre l’émerveillement, ces passages du film permettent à l’homme d’aujourd’hui de prendre du recul pour lire sans anachronismes le livre de Job. Car Dieu en 2011 semble se déliter sous sa forme « académique » et se confondre en filigrane dans la  sacro-sainte et récente protection de la nature. C’est dans cette optique que l »on peut avancer que la mise en relief des notions de grâce et de nature par des panoramas (très larges) des merveilles et aberrations terrestres, est quelque chose de très judicieux en soi de la part du réalisateur.

The tree of life est une œuvre véritablement introspective. Il aborde le problème du bien et non celui du mal, dans une optique positive et cohérente. Et, choisissant de faire revivre le thème particulier de Job dans un contexte contemporain, il parvient à proposer un film absolu. Une œuvre d’art qui cherche Dieu, portée par un artiste qui délivre toute la puissance de son énergie picturale, musicale et cognitive.

Un grand bravo à M. Malick qui, à défaut de trouver la solution du paradoxe entre grâce et nature, nous donne magnifiquement à contempler la lumière qui s’infuse, avec mystère, dans les branches entrelacées de l’arbre de vie.

RÉALISÉ PAR: Terrence Malick

ANNÉE: 2011

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