THE FOUNTAIN

Ce film s’attaque aux sujets mystérieux que sont l’origine de la vie, l’éternité et leur antithèse : la mort. C’est le film le plus mystique de Darren Aronofsky dont on reconnaît facilement la griffe, à savoir la représentation, par le cinéma, des mécanismes d’obsession mentale.

Trois « histoires », ou plutôt, trois concepts visuels et narratifs s’y entrelacent :

La matrice de base est l’histoire d’un couple confronté à une rude épreuve : lui est médecin / chercheur en cancérologie et, elle, est atteinte d’une tumeur. Il consacre sa vie à trouver un remède pour sa femme, tandis qu’elle se prépare à la mort en écrivant un livre.

C’est le scénario du livre en question qui constitue la seconde matrice du film, à savoir l’histoire d’un conquistador au service de la reine d’Espagne, envoyé aux Amériques pour y chercher « l’arbre de vie » qu’auraient découvert autrefois les Mayas ; en échange de quoi sa reine lui a promis un amour éternel.

Enfin le dernier élément du tryptique est un globe de verre contenant un arbre qui navigue en apesanteur dans les nébuleuses et dans lequel un homme chauve vêtu de noir semble en proie à un profond désespoir. Il s’agit en fait de la représentation de l’esprit du mari / chirurgien c’est à dire la projection de lui-même où l’on retrouve toutes les composantes de son quotidien, de ses sentiments et de ses doutes, sublimés par l’onirisme ; métaphores sublimes que seul le cinéma pouvait permettre, de par ses potentialités en termes de complexité narrative (l’art du montage) et visuelle (les effets spéciaux).

the fountain

L’arbre de vie dans The fountain, réalisé par Darren Aronofsky et sorti en 2006.

Les premiers plans montrent une plume qui trace des versets de la Genèse, suivis d’un zoom arrière sur un ostensoir devant lequel se recueillent une troupe de conquistadors. D’emblée le film se place donc sous le signe du sacré, mais sans s’arrêter à la seule dimension chrétienne.

Darren Aronofsky propose un voyage spirituel qui va des mythes Mayas sur le monde des âmes aux notions bouddhistes de réincarnation, tout en empruntant aux concepts du paganisme, notamment celui de la vénération des forces naturelles.

La figure précise de Dieu est abandonnée au profit de l’idée qu’il représente ainsi que de celles de l’ordre, de l’harmonie et, plus largement, du sens de la vie. Ainsi, le chirurgien considère la mort comme une maladie, et le sens de son existence terrestre est d’en trouver le remède. Perdu dans la sphère de ses pensées il célèbre les épousailles de la chair et du végétal, il boit la sève de l’arbre de vie, comme pour tenter d’en résoudre l’énigme.

« La fontaine » fait référence à la source de la vie, au mystère de l’origine devant lequel l’homme, prisonnier des trois dimensions, ne peut que s’incliner. Il tente malgré tout de briser les chaînes de son ignorance par la science et la raison. C’est en tout cas le sens du mythe biblique du jardin d’Eden où s’opposent l’arbre de vie et celui de la connaissance et que le réalisateur évoque plusieurs fois tout au long du film. Mais, à vouloir percer le mystère de la mort, l’homme en oublie parfois la vie elle-même, car pendant que le chirurgien s’acharne dans son labo, certes par amour, il refuse néanmoins d’être aux côtés de sa femme pendant ses derniers instants, alors que c’est ce qu’elle désirait de tout son cœur.

La morale de The fountain est grandiose et ne s’arrête pas à une simple prise de position entre foi et connaissance. Elle pose directement la question du sens de l’existence terrestre et tente d’y apporter un début de réponse.

En effet, le chirurgien / conquistador a cessé de vivre dans le nihilisme, sa vie a revêtu un sens depuis le jour ou il a compris que les souvenirs émus de leurs jeunes années de couple n’étaient qu’un mirage. Désormais qu’est révolue l’insouciance des premiers instants, il ouvre les yeux chaque matin sur la finitude et chacun de ses souffles est consacré à conjurer cette douleur.

Ses recherches et sa vie sont une voie vers quelque chose de plus grand que lui, et la beauté de tout cela n’est finalement pas l’objectif qu’il poursuit mais les moyens qu’il met en œuvre pour y parvenir, qui confèrent à sa vie un sens. Là réside, sans nul doute, la véritable foi, celle qui dépasse les banales préoccupations humaines d’autosatisfaction et de sécurité matérielle.

Darren Aronofsky parvient magnifiquement à montrer l’intérêt de l’humilité face à ce que l’homme ne maîtrise pas, ainsi que la beauté à l’œuvre dans la volonté et dans sa force indomptable. Conjuguées, ces deux choses font oublier à l’homme son nombrilisme qui le pousse à ne se focaliser que sur sa petite vie, pour lui permettre au contraire d’écrire quelques pages du livre de LA vie.

RÉALISÉ PAR : Darren Aronofsky

ANNÉE : 2006

 

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