THE COAST GUARD

Le 15 juin 2000, quarante sept ans après l’armistice de Panmunjeon, les deux Corées signent une déclaration conjointe en faveur de la paix et d’un projet de réunification.

C’est dans ce contexte de relatif apaisement qu’est sorti en 2002 The coast guard, huitième film du réalisateur sud-coréen Kim Ki Duk.

Il y souligne l’absurdité du conflit gelé qui mine son pays depuis 1945 ainsi que, plus largement, l’absurdité de la guerre en général.

Le personnage central, le soldat Kang, est un jeune chien fou qui rêve de faits d’armes glorieux. Hélas, depuis que le conflit armé proprement dit a pris fin, les occasions de se battre ne sont plus légions. Le quotidien des gardes-côtes est plutôt fait de longues heures à observer une ligne de démarcation désespérément vide.

Pourtant, une nuit, alors qu’il est de garde, il aperçoit une ombre sur la plage. Il fait feu immédiatement et l’abat, mais c’était un civil. Un pêcheur venu faire l’amour sous les étoiles. Du traumatisme alors créé, découle ensuite une longue plongée dans la folie doublée d’un pamphlet antimilitariste virulent.

Jang Dong-Gun dans The coast guard, réalisé par Kim Ki Duk et sorti en 2002.

Jang Dong-Gun dans The coast guard, réalisé par Kim Ki Duk et sorti en 2002.

A l’image d’un Zola dans J’accuse, Kim Ki Duk condamne les extrémités inhumaines auxquelles peut conduire la rigidité et, il faut l’admettre parfois, la stupidité de la discipline militaire. Car, plutôt que d’être puni, Kang est décoré et récompensé. Il a su faire feu avec précision alors qu’un intrus, peu importe son statut, avait pénétré dans la zone interdite.

Or, le pauvre soldat a bien conscience qu’il a mal agi, il ne parvient pas à faire la part des choses entre cette cause qu’il sert, qui honore son geste meurtrier et sa conscience qui le ronge chaque seconde un peu plus en lui rappelant l’horreur de ce qu’il a fait.

Prisonnier de ce dilemme insoluble, il perd peu a peu pied vis-à-vis de la réalité. Et le film utilise ce drame individuel pour faire écho au  drame, global, qu’est le conflit Coréen. Un conflit lui-même absurde, importé par les colonisateurs Russes et Américains et qui dure depuis 1945 sans qu’aucune issue positive semble un jour possible.

Insidieusement, la folie se propage à l’ensemble des personnages. Une torpeur latente, parfois frontale, comme celle de Kang ou de la jeune veuve du pêcheur qu’il a assassiné, ou bien une folie « de surface », comme celle des autres soldats, qui sans être totalement irrationnelle, se caractérise par l’abandon de tout repère moral ou éthique.

Pour autant, si elle permet de faire passer un message clair, cette omniprésence de la démence et les extrémités auxquelles elle conduit étaient-elles forcément nécessaires ? Ne s’agirait-il pas plutôt d’un prétexte dont se sert le réalisateur afin d’assouvir ce goût prononcé pour le malsain qui transparaît sans ambiguïté tout au long de sa filmographie ?

Difficile à dire. Mais s’’il est clair qu’il y a une part de provocation dans ces images, voire de la violence gratuite (la scène d’avortement sauvage n’était pas indispensable au scénario…), il convient toutefois souligner l’élégance du travail fourni. Car The coast guard intervient dans un genre dores et déjà balisé par des Sentiers de la gloire ou des Apolcalypse now mais adopte un ton plus poétique et plus complexe. Il tente sans grands effet spéciaux, dans le cadre confiné d’un poste frontière, de faire le lien entre les tourments de l’âme et ceux d’un peuple.

RÉALISÉ PAR : Kim Ki Duk

ANNÉE DE SORTIE : 2002

 

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