THE CHASER

Juun ho Eom est un brave mac japonais, spécialiste du courtage en relations sexuelles, qui assume seul la gestion de son entreprise. Il recouvre les dettes, ventile ses effectifs, répartit la charge de travail, protège ses salariées… Jusqu’au jour où l’une de ses filles est capturée par un sadique. Débute alors une originale chasse à l’homme, dans laquelle la proie et le chasseur (chaser) ne vont cesser de se croiser sans savoir respectivement qui ils sont.

Le Chaser est un anti-héros par excellence, un maquereau détestable qui cultive malgré tout un atout de taille : là où les forces de l’ordre se focalisent sur les conséquences, les seules choses visibles, lui, se concentre sur les causes primaires, les sources invisibles du problème. Son enquête avance donc considérablement plus vite. Il entend l’indicible et devine l’inconnu, en somme il laisse s’exprimer l’instinct, lequel est en l’occurrence particulièrement vif.

yun seok kim dans the chaser de hong jin na

Yun Seok Kim dans The chaser réalisé par Hong Jin Na et sorti en 2008.

Le criminel, quant à lui, s’avère être un manipulateur de premier ordre, à qui la chance sourit de surcroît puisque des attentats politique surviennent pendant sa fuite et accaparent la majorité des effectifs de police locaux. Ces derniers sont d’ailleurs montrés comme inefficaces, mais comment pourrait il en être autrement d’une institution qui, comme le montre admirablement le film, est gangrenée par la corruption, minée par l’incompétence et les luttes intestines entre les différents services…

On pourrait croire que The chaser est un film d’horreur, mais c’est, en réalité un remarquable film d’angoisse. Certes, la scène initiale de capture de la prostituée s’inscrit d’emblée dans les canons de l’horreur pure : décors, maquillages, mise en scène, couleurs, tout est parfait si bien qu’en quelques instants l’atrocité visuelle atteint un degré très intense. Mais, en réalité, la plus grande horreur de ce film réside dans toutes les scènes suivantes, celles dont elle est absente visuellement parlant.

Faisant écho à ce scénario plutôt torturé, la palette de couleurs, réduite aux teintes sombres, maintient dans le glauque et confirme le thème. On navigue sans ellipses dans l’univers radical du crime professionnel, le mal comme way of life. Les repères de pensée se décalent, comme si l’on était en Go-pro sur la tête d’un désaxé. Détail ne peut que rappeler Angst (1983) pour lequel le réalisateur, Gerard Kargl, avait fabriqué un steady-cam incroyable sous forme de harnais sphérique sur vérins, porté par l’acteur lui-même, à un mètre au-dessus de sa tête. Les similitudes entre ces deux films ne sont d’ailleurs pas que dans l’esprit, elles sont aussi et surtout dans le rythme haletant constitué de pics de stress et d’adrénaline permanents, marque de fabrique de ces deux plasticiens de l’angoisse par delà les continents que sont Hong-Jin Na et Gerard Kargl.

Fort heureusement, éclot parmi ce chaos de cruauté et de violence un semblant de morale. Du moins l’irréversibilité définitive du mal est-elle habilement soulignée. Car l’on comprend rapidement que, malgré toutes ses tentatives de retour à la raison, de rédemption ou encore de réparation, le chaser ne retrouvera jamais la paix. De même que la quasi totalité des personnages, damnés, de ce film.

RÉALISATEUR : Hong-Jin Na

ANNÉE : 2008

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