SNOWTOWN MURDERS

John Bunting est un personnage hors du commun. Sous couvert d’une idéologie dégénérée, il éradique les pédophiles, les homosexuels et les junkies. Excellent manipulateur, mais surtout lourdement dément, il enrôle derrière lui une sorte de horde aux membres tous aussi barrés que lui. Froid et effrayant il ne parle qu’à l’impératif, sauf lorsqu’il fait part publiquement de ses théories absurdes sur la nécessité de torturer à mort les pédophiles pour les punir plus efficacement que ne le fait loi.

Il s’intègre un peu par hasard au sein d’une famille modeste dont il satisfait la mère, tout en la trompant allègrement. Les enfants sont immédiatement sous sa coupe et il gère absolument tous les aspects de leur existence avec un droit de vie ou de mort. En ce qui concerne leurs fréquentations, par exemple, il tue purement et simplement ceux de leurs amis qui ne lui reviennent pas. Il s’ensuit une cascade de situations profondément dures et glauques, telles que la chute dans l’héroïne, l’inceste, ou encore le fratricide.

Joseph Kurviel pousse la souffrance et l’horreur à leur paroxysme par la subtilité du canevas narratif qu’il a retenu pour raconter ce fait divers qui a secoué l’Australie. Son style sobre et saccadé n’est pas du registre gore, plutôt psychologique, il se concentre sur l’aura qui se dégage de John Bunting.

snowtown murders

Les crimes de Snowtown, réalisé par Justin Kurzel en 2011.

Une tonsure de cheveux cérémonielle, un coucher de soleil silencieux sur Snowtown… on voit dans quelques plans discrets, comment s’intègre le mal dans cette famille, de par la séduction opérée par ce personnage principal qui manipule et finit par posséder entièrement tous ceux qu’il côtoie.

Visuellement, le résultat est très original. Il s’agit quasiment d’un film expérimental, avec un montage extrêmement très scandé, fait d’innombrables scénettes dont certaines ont une fonction clairement abstraite. La bande son est composée exclusivement de bruitages et de grondements. Ce style unique donne une dimension artistique au film, qui passe du statut de « reality movie » provocateur et dérangeant, à celui de véritable oeuvre cinématographique.

Pudique, le réalisateur ne montre que parcimonieusement et dans le désordre toutes les étapes qui constituent un homicide prémédité. Ce n’est que dans la dernière scène que l’on voit enfin le processus défiler du début à la fin. Les pièces de la mosaïque, auparavant dispersées, s’assemblent d’un seul coup en un final qui met extrêmement mal à l’aise. On y voit l’équipe de John Bunting qui referme un piège machiavélique sur une pauvre victime, avec un professionalisme et un aspect routinier qui glacent le sang. La chose est si bien amenée qu’elle ne nécessite aucune violence explicite, le réalisateur ne s’encombre donc pas de plans insoutenables, il lui suffit de filmer la porte qui se referme sur le malheureux pour que tout soit dit.

A mi-chemin entre Emprise et Animal kingdom, Snowtown murders a un effet clairement traumatisant, il écœure même parfois. Surfant à l’extrême limite de la saleté, son style exceptionnellement fin lui permet cependant de ne pas y sombrer et l’érige bien au contraire en sommet du cinéma trash.

 

REALISE PAR : Justin Kurzel

ANNEE : 2011

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