POLISSE

Théoriquement Polisse promettait au spectateur de voir se résoudre une douzaine affaires criminelles en un seul film. Toutefois il est sans doute préférable de voir douze épisodes de La Crim’ (série télévisée française créée par Jeffrey Frohner et Martin Brossolet).

Les personnages sont des policiers au sein d’une brigade de protection des mineurs. Mais on a ajouté au film des enfants qui ne servent qu’a mettre en scène la triste vie des brigadiers de la BPM. Les jeunes adjuvants permettent de révéler le désarroi d’une bande d’amis aux relations ambiguës. Ces jeunes accessoires très mignons complètent le tableau pathétique du film censé nous émouvoir. Ce film trouvera sans doute son public mais il est loin d’être convaincant.

polisse

Maïwenn le Besco dans Polisse, son propre film sorti en 2011.

On peut évidemment être touchés  par ces fonctionnaires parce qu’ils sont bourrés de défauts, comme nous : preuve de leur humanité. Sue Hellen (Emmanuelle Bercot) est alcoolique, Iris (Marina Foïs) est anorexique, Fred (Joey Starr) est mal marié… Il est évident que ces personnages pourraient nous séduire parce qu’il s’investissent complètement dans leur profession, on leur pardonne donc tous leur petits défauts privés. Il faut ajouter à cela Melissa (Maïwenn) qui est incrustée dans le film pour que les spectateurs bobos puissent se reconnaître en elle lorsque celle-ci est confrontée au « calvaire » de ce commissariat du 19ième.

Melissa est photographe, elle utilise un Leica numérique. Il est joli. On serait tenté de reconnaître le talent d’accessoiriste de Maïwenn dans le choix de l’appareil photo, cependant il ne semblerait pas qu’elle ait eu le temps de se renseigner sur la manière de tenir un appareil. Maïwenn maîtrise pourtant parfaitement les clichés tout au long de son film. Nous serons touchés par l’idiote qui masturbe son nourrisson par pure bêtise, l’adolescente qui suce des garçons pour récupérer son portable parce ce qu’il est beau, le bourgeois incestueux qui invoque la satisfaction de sa fille pour la violer (le policier le défend évidemment par solidarité de classe sans doute). Finalement Joey Starr est un des rares acteurs crédible dans le film puisqu’il est vulgaire et y joue son propre rôle de brute de décoffrage (pas si dure).

Toutes ces scénettes destinées à meubler la vie des brigadiers sont peu fouillées et leurs issues ne sont jamais connues. D’ailleurs on s’en fiche de savoir si les petits enfants roms vont arriver saufs au foyer puisqu’ils font le singe dans un bus en écoutant du r’n’b. Le plus important c’est de connaître les tergiversations amoureuses de Nadine (Karine Viard). A minima faut-il reconnaitre que Nadine nous livre un jeu juste, touchant et crédible. Sandra, portée à l’écran par Alice de Lencquesaing, suscitera elle aussi un vrai moment d’émotion lors de son avortement avec un jeu qui utilise peu de mots mais qui, pourtant, émeut. On ne peut que regretter, en revanche, l’instrumentalisation des enfants qui, déja sur l’affiche, sont réifiés dans des photos.

Un film prétentieux, donc, mais qui n’a, hélas, pas les moyens de sa prétention.

RÉALISÉ PAR: Maïwenn

ANNÉE: 2011

 

2 Responses to “POLISSE”

  • DSJ

    Je ne sais pas si on peut parler d’une critique cinématographique tant l’argumentation relève plus de l’exercice de style que de l’analyse.

    Faire la critique des « scénettes » peu fouillés et « sans issue » démontre à quel point le critique est passé à coté du film. Les scènes de vie ne sont pas là pour meubler mais pour montrer un quotidien, une banalité de la vie de tous les jours, les enfants sont le centre du film et pas un habillage de la relation à la « crim » (comparaison hasardeuse selon moi). Le plus important n’est pas de suivre les tergiversations amoureuses de Karine Viard ou autres mais de voir comment leurs relations, leurs vies privées s’emboitent dans ce quotidien sordide. Alors bien sur que ce film n’est pas le film du siècle que le personnage de Maiewenn et de sa relation avec Joey Starr est inutile et que la scène du suicide final n’ajoute rien au film mais il revet surement plus qu’une simple instrumentalisation des enfants pour mettre en valeur une bande d’acteur. Il traite d’un sujet tabou, il l’approche de manière cru, avec des ratés certes, mais il a le mérite selon moi de nous faire penetrer dans l’indicible.

    • CMB

      Bonne critique. Ce film est un navet qui accumule les clichés. Le personnage de Maïwenn en bombasse qui s’ignore est sans doute le pire. A force de prendre des photos (de manière totalement irréaliste), elle finit par avouer sa conception du cinéma: un cadre qui lui permet d’imposer son idéologie mainstream faite de morale et de bons sentiments. Le beau rôle de celle qui a toujours raison. Très peu de place, voire pas, pour la liberté du jugement et du regard.

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