NORTHWEST

Grandir dans un des quartiers les plus pauvres de la ville, au milieu des trafics en tout genre, de la drogue et des frictions interethniques, voilà qui accroit sensiblement les risque de tourner mal pour un adolescent.

« Pourquoi l’argent me fait tripper ? Je veux du bling-bling je veux consommer ! », dit la chanson de hip hop que chante à tue-tête l’un des personnages du film. Une phrase qui résume somme toute assez bien l’unique projet de vie de nombreux jeunes tenus en dehors du confort de la société moderne et qui, à court terme, n’ont qu’un seul but : accéder à la richesse matérielle et aux jouissances qui vont avec, quel qu’en soit le moyen.

A ce jeu-là, Casper est plutôt bon. Jeune cambrioleur, il étonne par son sérieux, sa détermination et son professionnalisme. Autant de qualités qui lui permettront, via quelques rencontres et un peu de « chance », de se faire repérer bar une bande de caïds qui vont le faire monter en grade. De la revente d’écrans plats volés et des quelques pétards avec son pote, Casper se retrouve propulsé dans le proxénétisme et la cocaïne.

Michael Noer réutilise, en milieu ouvert, les mêmes ingrédients que pour son précédent film, « R« , qui se déroulait en prison (coréalisé avec Tobias Lindholm). Outre les acteurs, qui sont en grande partie les mêmes, on retrouve cette idée d’ascension sociale dans l’univers du crime par un jeune qui « en veut », le trafic de drogue, la violence et fatalement, les désillusions cruelles.

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Gustav Dyekjaer Giese et Nicholas Westwood Kidd dans Northwest, réalisé par Michael Noer et sorti en 2013.

Northwest n’est pas tant un récit sur la délinquance que la peinture de mécanismes sociaux d’exclusion autoproduits et auto-entretenus. C’est finalement un travail très critique, tout autant que l’était R à l’égard de l’univers carcéral. Qu’est ce qui peut bien pousser Casper à s’engager dans un tel avenir ? Certes cela lui permet de gouter aux plaisirs des riches (restaurants de luxe, thalassothérapies…), mais cela semble surtout lui procurer un sentiment particulièrement rare dans les quartiers défavorisés : la reconnaissance.

Les chefs de la bande qu’il intègre vont en effet applaudir ses faits d’armes, le féliciter à chaque progrès, lui offrir une « formation continue », des « primes de résultat »… Bref Casper intègre un réseau qui lui apporte finalement bien plus qu’une simple richesse matérielle. Sa véritable joie réside dans les yeux fiers de son boss ou dans les remerciements de sa mère à chaque cadeau qu’il lui fait, car, a contrario, on ne peut pas dire qu’il exerce son « métier » par amour du client, au contraire il témoigne à leur égard un mépris marqué.

Northwest, c’est aussi un regard sur la fraternité incarnée sans fausse note par Gustav Dyekjaer Giese (Casper) et Oscar Dyekjaer Giese (Andy). C’est par hasard, suite à la déficience du complice habituel de Casper, qu’Andy sera sollicité afin de servir de « mule » pour la cocaïne. Et c’est à ce moment-là qu’il cessera d’être dans son rôle de petit frère pour devenir un « associé », un ami. Auparavant Casper le protégeait et l’exhortait à ne pas suivre son chemin, il le tenait volontairement hors de ses préoccupations et au moins assumait il son véritable rôle de grand frère. Mais dès qu’il le fait entrer dans le monde du crime, les relations entre eux s’en trouvent totalement changées.

La hiérarchie familiale cède le pas à de strictes relations de travail, la domination de l’aîné sur le plus jeune s’efface et curieusement, finira par se renverser. Une transformation intéressante, qui s’exprimera en apothéose dans l’étonnante et poétique scène de douche purificatrice autour du feu durant laquelle les deux frères feront l’épreuve de leurs limites respectives, voire même, pour l’un d’entre eux, de la découverte d’une certaine forme d’éthique.

On retrouve dans le fond et dans la forme de ce film, le style de Nicolas Winding Refn à ses débuts (Trilogie Pusher, Bleeder), ainsi que certains aspects du Sweet Sixteen de Ken Loach. Un cinéma à fleur de peau, bien plus axé sur le réalisme que le spectacle et qui s’attache à décrire fidèlement le contexte social dans lequel nait et se développe la délinquance, sans verser dans les visions fantasmées du banditisme.

Sans artifices ni pathos, Michael Noer parvient, une fois encore, à créer ce malaise caractéristique qui se dégageait déjà de « R », c’est-à-dire la sensation de voir, comme dans un miroir, les reflets sombres de nos sociétés occidentales modernes (fracture sociale, déchirures de l’urbain, explosion de la consommation de drogues et de sexe tarifé chez les classes aisées…).

Un film brut, épuré et puissant qui a le courage de mettre en lumière les vrais enjeux de la lutte contre les inégalités.

RÉALISÉ PAR : Michael Noer

ANNÉE : 2013

 

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