MARTHA MARCY MAY MARLENE

Trois prénoms portés successivement par une même jeune fille en fonction des étapes de sa vie, voire plutôt de ses différentes vies.

Martha s’évade d’une secte à laquelle elle appartenait depuis deux ans puis se réfugie chez sa sœur et son beau-frère. Les souvenirs de ce qu’elle a vécu s’entrecroisent avec sa nouvelle vie, la faisant peu à peu glisser vers l’égarement.

Le parti-pris esthétique du réalisateur est de confronter visuellement deux idéaux de vie. D’une part celui de la secte, implantée dans une ferme, coupée du système, avec des règles sociales et morales qui oscillent entre l’ultra-laxisme et la criminalité. Et d’autre part, celui, luxueux, du jeune couple qui se repose dans sa résidence secondaire au bord d’un lac. Deux décors radicalement opposés entre lesquels on alterne grâce à un habile jeu de flash-backs.

Elisabeth Olsen et John Hawkes dans Martha Marcy May Marlene, réalisé par Sean Durkin et sorti en 2012.

Elisabeth Olsen et John Hawkes dans Martha Marcy May Marlene, réalisé par Sean Durkin et sorti en 2012.

La secte est représentée à l’aide d’un recoupement de clichés dont on peut regretter la facilité mais qui, hélas, n’empruntent en rien à la science-fiction. Un gourou charismatique distille pernicieusement un magma de théories spirituelles dont il détourne le sens avec sous sa coupe une communauté de jeunes gens qui végètent. Il institue le viol en règle initiatique et impose aux adeptes de se mélanger sexuellement… Ceci n’est que le prélude d’une somme d’expériences qui déteindra irrémédiablement sur Martha.

Le parti pris narratif, quant à lui, consiste en la dénonciation des dangers du phénomène sectaire montré comme insoluble et irrémédiable. Insoluble car les dégâts causés sur la conscience sont profondément graves, et irrémédiable car la brèche créée dans l’esprit de Martha et les choses qui s’y sont engouffrées n’en ressortiront jamais. Les difficultés de son retour à la vie du siècle illustrent sans peine qu’elle a dépassé un point de non-retour. Elle qui recherchait la beauté de la vie avec sincérité, elle a été manipulée par des criminels qui l’ont salie. Terrifiée par son expérience, elle ne parvient pas non plus à adhérer aux idéaux de sa sœur et surfe ainsi avec douleur entre deux couches de nuages sombres.

Pour conclure, ce film montre que cohabitent dangereusement en ce monde un vivier de personnes à qui le modèle majoritaire (travail, richesse, reproduction) ne convient pas, et des individus sordides qui en abusent. La démonstration est simple et léchée, mais interpelle cependant par sa gravité et a le mérite de sensibiliser.

 RÉALISÉ PAR : Sean Durkin

ANNÉE : 2011

 

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