MANGE TES MORTS

Un mois après la sortie du film, les jeunes gitans bagarreurs de mange tes morts se sont retrouvés… en prison ! Difficile de prouver plus efficacement à quel point Jean Charles Hue a travaillé le réalisme de son deuxième long métrage à l’occasion duquel il a, une fois encore, fait appel à des acteurs non professionnels issus de la communauté des gens du voyage.

Alors que Fred sort de prison, Jason et Mickael s’ennuient au campement de caravanes. Certes, Jason prépare son baptême mais il a besoin d’un peu d’aventure. Fort heureusement (ou pas), le retour du grand frère va les faire partir tous trois sur la route d’une prometteuse cargaison de cuivre à dérober.

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Mange tes morts, réalisé par Jean Charles Hue et sorti en 2014.

Réaliser un tel film était un exercice risqué eu égard à la délicatesse du sujet. Il s’agissait de trouver un subtil équilibre entre neutralité et engagement artistique afin d’éviter de livrer un jugement quel qu’il soit sur une communauté qui a déjà fort mauvaise presse. A contrario, il aurait également été contre-productif de verser dans la victimisation.

A ce jeu-là, JC Hue a su placer le curseur au bon endroit en proposant quelque chose qui se situe à mi-chemin entre le documentaire et la réalité. Subtilité de la démarche : on en oublie finalement presque qu’il s’agit d’un film.

Acteurs non professionnels jouant leur propre rôle, immersion totale, quasiment pas d’ellipses temporelles ni de bande son artificielle… Des méthodes dignes d’un Bresson ou d’un Dumont qui font mouche immédiatement et délivrent une sensation de pureté cinématographique incomparable.

Il n’en fallait pas moins pour servir ce qui se rattache finalement presque à une démarche sociologique « ludique », du moins plus excitante que la lecture d’un pavé de Bourdieu. Regarder Mange tes morts, c’est pénétrer avec excitation un univers que peu d’entre nous connaissent. 1h35 de voyeurisme durant lesquelles les fantasmes et les préjugés s’effondrent, pour certains, et se confirment, pour d’autres.

Sans complaisance, les frères Dorkel nous montrent ce qu’est une vie de nomadisme et de débrouillardise. Ils nous montrent également qu’à l’image de ce qui se passe dans tout groupe social, les trublions constituent une minorité au sein d’un ensemble globalement pacifié et sans histoire. Mais surtout, ils mettent en évidence que les gens du voyage cultivent, à un degré rare, le sens de l’honneur, des valeurs et le respect des anciens. Le « problème » est que certaines de ces valeurs sont prônées au nom d’une liberté qui, parfois, s’aventure bien au-delà de là où commence celle des autres.

 

REALISE PAR : Jean Charles Hue

ANNEE : 2014

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