MAGDALENE SISTERS

La religion aveugle parfois la raison dans des proportions qui peuvent devenir dramatiques et qui n’ont plus rien à voir avec le service du bien. Peter Mullan pour le démontrer s’inspire de faits réels qu’il adapte en un film poignant et édifiant.

Trois jeunes filles aux moeurses jugées trop libres pour l’époque sont placées dans un couvent de religeuses intégristes. Elles travaillent et prient sans relâche, en silence, gouvernées par une discipline martiale. L’objectif annoncé étant de racheter leur place au paradis en consacrant leurs vies à la pénitence la plus totale.

Anne Mary Duff dans Magdalene sisters réalisé par Peter Mullan en 2001.

Anne Mary Duff dans Magdalene sisters réalisé par Peter Mullan en 2001.

Placées dans l’institution contre leur gré, certaines n’ont même pas commis de péché, elles ont juste eu le malheur de se faire violer ou d’avoir souri à des garçons. Rapidement elles comprendront que leur sort est scellé et qu’elles resteront enfermées à vie car, au dehors, on ne veut plus d’elles.

Symptomatiquement, l’une d’entre elles fugue mais se fait aussitôt ramener  par son père qui, en prime, la tabasse et la renie. Retour à la case départ donc, aux tâches pénibles, aux repas bercés par la lecture de l’évangile, aux rituels de la prière du soir et du sommeil dans des dortoirs d’un autre temps… Le tout piloté d’une main de fer par la mère supérieure qui semble prendre un malin plaisir à humilier et faire souffrir ses pensionnaires.

Le personnage de mère supérieure est sans doute le défaut principal du métrage. Lorsqu’une institution est inique et injuste il n’est nul besoin de fantasmer sur le supposé sadisme de ses membres. Si les couvents intégristes sont aussi rigoristes, ca n’est pas par pur plaisir pervers. Il s’agit simplement d’un chemin de vie choisis par ceux qui le suivent, un chemin placé sous les signes de l’ascèse et la privation. Or peter Mullan confond, en faisant de son personnage un monstre de cruauté, la dénonciation intelligente avec l’anticléricalisme de bas étage.

Il aurait pu se contenter du constat, bien plus éclairant quant à lui, de l’inefficacité voire de la contre-productivité de la méthode. Car, loin de ramener les jeunes filles sur le droit chemin, leur séjour est un échec. Les tentatives d’évasion s’enchaînent, l’une des filles perd littéralement la raison et va même jusqu’à tenter de se donner la mort mais échoue, projet avorté qui aura pour effet de décupler les foudres de la mère supérieure à son endroit…

Sur la base de ce récit poignant, le final vient porter l’émotion à son paroxysme car il montre brillament à quel point le couvent brise les vies des pensionnaires et détruit au plus profond d’elles même ce qui constitue l’une des plus grandes beautés de l’existence humaine: leur capacité à aimer et à espérer. Le comble du tragique est atteint lorsque l’une des jeunes filles trouve une porte ouverte au fond du jardin, l’emprunte et se fait proposer d’être prise en voiture par un jeune homme mais refuse et retourne à son travail, résignée et sans plus aucun espoir.

Que penser de ce film? Qu’il a su mettre en exergue la contre-productivité, l’anachronisme et la vénalité qui caractérisaient (et caractérisent toujours) l’intégrisme catholique. Dérangeant au possible, il convient toutefois de l’interpréter avec discernement car l’anticléricalisme forcené est lui aussi un extrême dont il faut se préserver. La religion n’est ni bonne ni mauvaise, elle est tout simplement une oeuvre humaine avec des qualités et des défauts.

RÉALISÉ PAR: Peter Mullan

ANNÉE: 2001

 

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