LES SALAUDS

Quelques notes de piano, des visages graves, un capitaine qui abandonne son navire et une femme qui devient veuve, ainsi commence ce que l’on pourrait qualifier de Taken sérieux, avec un vrai « héros » et une vraie victime…

Si Marco est revenu sur la terre ferme, c’est pour s’occuper de sa famille qui part en vrille à tous les niveaux. Entre sa sœur qui semble avoir tout tenté pour mener une vie de douleur, sa nièce au vagin détruit par un passé trouble et sa fille à garder un week end sur deux, la crise de nerfs semble pointer le bout de son nez.

Vincent Lindon et Chiara Mastroianni dans Les salauds, réalisé par Claire Denis en 2013

Vincent Lindon et Chiara Mastroianni dans Les salauds, réalisé par Claire Denis en 2013

Pourtant, il a paradoxalement presque l’air d’un poisson dans l’eau. Les allers-retours à l’asile, les comparutions chez le notaire, les parties de baise furtives avec la voisine, les règlements de compte à « coups de lattes », tout ceci semble faire partie de son quotidien depuis toujours. Et pour cause… Sous des airs de fable noire pour cinéphiles parisiens pédants, Les salauds se révèle être un dérangeant thriller aux méthodes particulièrement non conventionnelles. Si Marco est revenu en ville, c’est avec un projet bien précis.

Il s’agit en quelque sorte de la résolution d’un nœud existentiel, un entrelacs complexe et sédimenté de vies humaines qui se dénoue brutalement en quelques jours, le temps d’une explosion violente de sentiments, de chairs et de sang.

Des personnages écorchées se croisent, se trompent, se frappent, se filment… Dans la froideur d’un paris guindé et riche où tout a été fait « parce que c’était le mieux », dans la tristesse navrante du sexe sale, du cassage de gueule, des armes et du snuff movie qui semblent finalement n’être qu’une toile de fond à cette fable du désespoir presque parfaite.

La force de ce film réside dans son courage qui a été d’aborder avec vérité le sujet trop souvent « fantasmé » des trafics d’esclaves sexuels. Loin des putes de palace et des gangsters slaves, c’est aux portes de Paris, dans un minable corps de ferme tenu par un couple de dégénérés que se rendent ces hommes et ces femmes pour assouvir leurs fantasmes les plus sombres, sur un minable matelas couvert de foutre où s’évanouissent leurs vices.

Les salauds part du principe que certains riches ne savent plus quoi faire pour bander et ont besoin d’un type particulier d’épanouissement sexuel et humain. Une jouissance qui, globalement, réside dans l’annihilation de l’autre. Et, sans angélisme aucun, Claire Denis a le courage de pousser le raisonnement jusqu’à son terme: l’argent a non seulement le pouvoir de détruire la vie de jeunes filles innocentes, mais aussi et surtout de rendre vaines toutes tentatives de braves héros au cœur pur qui oseraient s’y opposer… Ah, les salauds!

RÉALISÉ PAR : Claire Denis

ANNÉE : 2013

 

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