LES ANGES DU PECHE

Tourné en plein sous l’occupation, dans des conditions rudes (on voit parfois la fumée de froid s’échapper des lèvres des actrices lorsqu’elles s’expriment), Les anges du péché est le premier film « public » de Robert Bresson (il a toujours refusé que l’on diffuse Affaires publiques, son véritable premier film).

En dépit de ce statut de film de début de carrière, il laisse entrevoir une maturité intellectuelle de haut niveau et, surtout, une intransigeance esthétique radicale, laquelle constituera d’ailleurs l’élément majeur du style bressonien par la suite.

Sobre et efficace, le scénario va droit à l’essentiel : une jeune fille de bonne famille arrive dans un couvent de bénédictines et reçoit le nom de sœur Anne-Marie.

Rien de bien extraordinaire se dira-t-on. Mais la venue de cette jeune recrue pure et innocente est en réalité ambigüe. Car il ne s’agit pas d’un couvent ordinaire. La congrégation y est essentiellement composée de criminelles repenties. Que vient donc chercher la blanche colombe parmi les « sœurs de misères » ?

Les anges du péché, réalisé par Robert bresson et sorti en 1943

Louise Pauline Mainguené, Renée Faure et Mila Parély dans Les anges du péché, réalisé par Robert Bresson et sorti en 1943.

Le plus souvent, les pensionnaires ont eu vent de l’existence du couvent alors qu’elles étaient encore en prison, car la mère prieure s’y rend souvent, pour proposer aux détenues de troquer les cris et la douleur contre les chants et la paix.

Cela coûte, il est vrai, quelques sacrifices mais nul n’ignore que la rédemption a un prix. En acceptant la règle monastique, les prisonnières passent du statut de numéros, anonymes et sans entourage, à celui de sœurs dotées d’un prénom, intégrées dans une famille aimante.

Elles transitent, en somme, du paroxysme des ténèbres à celui de la lumière. Bresson ne s’embarrasse pas de sujets tièdes, il va droit à l’essentiel, dans les extrêmes, et en profite pour poser une question métaphysique centrale : comment se délivrer du mal ?

La solution la plus simple, patiemment décrite au gré des images, c’est l’institution. C’est-à-dire une structure spécialisée dont les membres et les règles se chargent de redéfinir le socle de valeurs de leurs pensionnaires et d’aider à leur rétablissement général. Aujourd’hui banales, puisqu’assurées par toute la panoplie des services sociaux de tous ordres, les missions de ce genre  reposaient autrefois essentiellement sur la grandeur d’âme et de la détermination de certain(e)s.

Mais les couvents (et aujourd’hui les centres de réinsertion, d’accueils et autre pôles emploi) ne peuvent pas tout et ne peuvent pas être parfaits. Ils sont eux aussi soumis à leurs problèmes internes de fonctionnement (forts bien décrits par le film, notamment par la puissance du personnage de la mère prieure).

C’est sur le constat de cette limite des institutions que le scénario (signé jean Giraudoux) s’appuie pour prendre son envol. Ce qu’il semble vouloir dire, c’est que la vraie clé de la rédemption est dans le cœur. Au plus profond de l’être humain.

Car c’est là que se joue l’essentiel de l’expérience humaine. C’est là que réside le point de départ du « sans limite », de la force du renouveau et des révolutions morales. Bresson l’a bien compris et le montre au travers de son personnage central : la sœur Anne-Marie.

Agitée, exaltée, insoumise, la jeune trublionne a tout le mal du monde a à respecter la dure règle bénédictine. Mais elle fait pourtant montre d’une grandeur d’âme supérieure à celle de tout le couvent réuni.

Par-delà les rituels, les cérémonies, les croyances et les intrigues, il y a la vraie puissance de vivre et de transmettre l’envie de vivre. Une force incontrôlable et effrayante pour la plupart des gens mais qui, par sa violence, transforme le monde et les êtres. C’est le très beau message de ce film, que l’on ne se lassera pas de méditer et que l’on retrouvera d’ailleurs, remanié, dans Le procès de Jeanne d’Arc (réalisé par le même Bresson 19 ans plus tard).

REALISE PAR : Robert Bresson

ANNEE : 1943

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