LE TRESOR DE LA SIERRA MADRE

Considéré par William Friedkin comme son « film de chevet », Le trésor de la Sierra Madre a effectivement quelque chose d’unique (ainsi qu’une lourde parenté avec le style du Sorcerer, du même Friedkin).

Film prestigieux (réalisé par J. Huston, avec Bogart au casting), sa grande qualité est d’avoir su sublimer le roman dont il s’inspire (écrit par B. Traven en 1927) en doublant sa trame fort simple d’une belle densité de réflexion.

D’emblée sont mises en place deux intrigues. D’abord celle du grand départ à travers la jungle en quête de richesses, prétexte au déroulement de péripéties en tous genres. Puis l’aventure humaine, l’évolution des sentiments entre trois inconnus devenus soudainement amis et chercheurs d’or improvisés.

Humphrey Bogart, Walter Huston et Tim Holt dans Le trésor de la Sierra Madre, réalisé par John Huston et sorti en 1948

Humphrey Bogart, Walter Huston et Tim Holt dans Le trésor de la Sierra Madre, film réalisé par John Huston (1948).

Grâce à une belle science du rythme, le récit décolle rapidement et on oublie bien vite les faubourgs crasseux de Tampico où les expatriés jouisseurs exploitent de pauvres bougres et où le droit du travail se compose d’alcool et de castagne. Place à l’aventure et à la liberté des grands espaces.

A peine installée en pleine nature, la petite équipe (Dobbs et Curtis qui n’y connaissent rien, et Howard, un vieux briscard qui a déjà exploité des filons) commence à extraire ses premières onces du précieux métal.

Tout s’enchaîne alors avec fluidité. Le résultat est un beau kaléidoscope de ce que peut être une expédition en pleine nature voire de ce qu’est… la vie : avec son lot de bandits, d’indiens, de déchirements, de bons sentiments, d’appât du gain… autant de métaphores des différentes épreuves que l’existence nous conduit à affronter et au sein desquelles chaque spectateur trouvera largement de quoi se rapporter à son propre vécu.

Jusque-là rien de bien formidable comparé aux classiques du western ou à la filmographie de Werner Herzog. Mais, ce qui fait du Trésor de la Sierra Madre un beau film, c’est le fait qu’il ne se focalise pas que sur l’action. Il prend également le temps de parler (intelligemment) de ce qui dépasse l’homme.

C’est en particulier à partir de l’irruption des indiens dans le récit que celui-ci acquiert une profondeur supplémentaire. La foi religieuse s’invite au scénario sans complaisance, loin des clichés. Elle est à la fois arbitraire, terrifiante (les émissaires du grand chef sont prêts à scalper pour « ne pas fâcher les saints ») et à la fois belle, ferment de cohésion sociale et de recueillement sincère (cf : la belle scène de guérison au cœur de la forêt).

Plus largement, c’est la sagesse dans son ensemble que le métrage convoque. Celle qui excède la seule superstition (apanage des religions) pour livrer une version transcendée de l’expérience de vie.

En l’occurrence le sage, c’est Howard, le vieux briscard. Celui dont on comprend le rôle structurant pour le groupe dès qu’il s’en absente. A peine tourne t’il les talons que les deux autres comparses se disputent sans ménagement les faveurs du veau d’or. Abandonnés aux ténèbres de leurs passions et du matérialisme.

Et c’est sans doute là l’élément le plus plaisant du Trésor de la Sierra Madre : montrer la vanité de la quête de richesse et du plaisir. Malgré tout le mal qu’on peut se donner pour traquer ces nuisibles chimères, on ne se retrouve jamais que face à soi-même, seul devant son propre vide.

Et, dans ces cas-là, « il ne nous reste que l’humour ! Car le dieu du destin ou de la nature nous a roulés », comme le dit très bien le vieil Howard (Walter Huston) en guise de conclusion à ce beau film, animé de belles valeurs humaines et tourné dans de beaux décors.

REALISE PAR : John Huston

ANNEE DE SORTIE : 1948

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