LE LOCATAIRE

Paris a-t-elle beaucoup changé depuis les années 60 ? A part les smartphones, pas tant que ça. Les travers de « l’écologie urbaine » sont toujours les mêmes.

Adapté d’un roman Américain de 1964, Le locataire, réalisé et interprété par Roman Polanski en 76, mêle critique des évolutions du siècle dernier et expérience psychanalytique.

le locataire roman polanski

Déjà en 1975, trouver un appartement à Paris relevait de la gageure. A tel point que même si les voisins semblent bizarre et que l’ex-locataire s’y est suicidé, Trelkovksy se rue sur la première chambre de bonne minable et hors de prix qu’il trouve.

Évier unique pour la toilette et la vaisselle, toilettes au fond de la cour, murs épais comme du papier à cigarette, voisine tarée… tout y est.

Peu à peu, la ville lumière perd de son éclat. L’immeuble est gangrené par les conflits de voisinage, les commerçants du quartier ragotent à tout va, les collègues de travail ne sont pas si sympas qu’ils en ont l’air… Il n’y a guère que cette fille libérée, rencontrée par hasard dans un bar, qui permet de s’évader le temps d’une nuit.

Urbanisation, tertiarisation, libération des mœurs, le tour de force de Polanski a consisté dans ce film à métaphoriser les lignes de force d’une époque et leurs conséquences.

Profondément seul, dans les flots contradictoires du stress et de la fougue, Trelkovksy sombre dans la paranoïa. Il s’imagine être au centre d’un vaste complot fomenté par les habitants de son immeuble et s’enfonce lentement dans les méandres de la folie.

Le locataire vient il conclure une « trilogie de l’appartement » qu’auraient initiés Répulsion (1965) et Rosemary baby (1968) ? Sans doute un fantasme de critique. En revanche, on peut constater l’attachement du réalisateur au thème de l’appartement maudit et savourer les variations qu’il lui a apporté.

Au sein de ce triptyque, la spécificité du Locataire réside dans la dénonciation d’un étrange sentiment : la solitude au cœur de la foule, la « personnalité urbaine » (Louis Wirth). Une grande partie du travail sociologique fourni par l’école de Chicago est ici résumée, en beaucoup moins chiant.

 

RÉALISÉ PAR : Roman Polanski

ANNÉE : 1976

 

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