LE FESTIN NU

Réalisée en 1991, cette adaptation du roman éponyme de James Burroughs relate les tourments d’un écrivain drogué qui accède dans ses délires à une « interzone », où de curieuses missions lui sont confiées.

Le réalisateur veut coller au courant dont il s’inspire, la beat generation, qui voyait dans la drogue hallucinogène une certaine transcendance. Assumant ce parti pris, il fait de son personnage principal un acharné de l’autodestruction dont se dégage une beauté romantique, celle de l’écrivain maudit, noyé dans la noirceur de son âme et qui sacrifie sa normalité dans une optique christique de conquête du « non conquérable ».

Peter Weller dans Le festion nu, réalisé par David Cronenberg et sorti en 1976.

Peter Weller dans Le festin nu, réalisé par David Cronenberg et sorti en 1991.

Cette beauté transparaît au travers de la réalisation, sublime. Chaque plan s’apparente à une photographie et la direction assurée par Cronenberg auprès de Peter Weller est magistrale. Ce dernier illumine la pellicule de ses yeux déments et de ses traits douloureux. Son environnement et son style sont inondés de symboles extrêmement beaux, empreints d’une agréable étrangeté.

Le film dégage il faut l’admettre, un nihilisme profond. C’est à dire l’abolition des valeurs, le meurtre de Dieu et du prince… Burroughs et Cronenberg brouillent la lisibilité de l’orientation sexuelle en présentant une homosexualité confuse, et surtout coupable. Ils laissent voir la drogue comme un circuit à sens unique, qui débute par le désespoir et se conclut fatalement par la folie et la misère.

Cet abandon délibéré de la normalité, ce plongeon sauvage dans les origines de la faiblesse humaine inconditionnée, est le fruit grandiose de la conciliation entre le délire monstrueux de Cronenberg (affirmé assez tôt dans Frissons), et le marasme cognitif et spirituel de Burroughs (pilier de la beat generation).

Le roman (le scénario donc) semble être autobiographique selon certains critiques et a été écrit au Maroc, entièrement sous l’emprise de drogues hallucinogènes et d’opiacées. Cela explique au passage pourquoi Peter Weller se retrouve à Tanger à chaque fois qu’il consomme de l’héroïne. Révérence érudite à l’auteur, dont le réalisateur honore avec grand brio la mémoire et livre, du même coup, une pièce majeure de sa filmographie.

RÉALISÉ PAR: David Cronenberg

ANNÉE: 1991

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