HEAD ON

A Hambourg un jeune Turc tente de se suicider. Il échoue et termine à l’hôpital où il rencontre une jeune compatriote, elle aussi suicidaire. De but en blanc, elle lui demande de l’épouser.

Elle souhaiterait, par ce mariage formel, être soustraite au joug familial traditionaliste et mener une vie plus en phase avec son époque. L’intéressé, qui n’a plus rien à perdre, se prend au jeu et épouse cette jeune fille, lui offrant la liberté dont elle rêvait. Toutefois ils ignorent que, ce-faisant, ils s’engagent dans une expérience qui va révolutionner définitivement leurs vies et leurs sentiments.

Il souffle dans Gegen die Wand un vent de liberté et d’anarchisme. Soirées délurées, bagarres, provocation, nihilisme, drogue, sexe sont autant d’atours que revêtent les deux personnages principaux, pour conférer à leurs pérégrinations quelque chose de révolutionnaire et d’émancipateur.

photo-Head-on-Gegen-die-Wand

Birol Unel et Sibel Kekilli dans Head-on, réalisé par Fatih Akin et sorti en 2004.

Il est violent, elle est radicalement belle et leur cohabitation est comme une poésie surréaliste. La mort n’a pas voulu d’eux et ils sont en quelque sorte condamnés à vivre ici-bas. Officiellement mari et femme, ils entretiennent avec leurs amis communs des relations officieuses qui, peu à peu, interfèrent entre elles en un dangereux canevas. C’est une période d’égarement consacrée à la poursuite d’artefacts de bonheur. Une phase de souffrance intérieure au-cours de laquelle ils vont finalement se découvrir mutuellement.

Ce beau tissu narratif, agréablement ponctué d’interludes musicaux joués par un orchestre oriental, donne au réalisateur une latitude énorme en termes d’images, qu’il exploite avec talent, notamment dans 3 séquences émouvantes : un classieux travelling angoissant dans la cabine d’une voiture, un retour à la maison au petit matin en robe de mariée, ainsi qu’un torrent d’amour qui s’empare d’un homme et le propulse sur la scène d’un concert.

Passée la griserie illusoire des premiers moments, provoquée sans doute par la nouveauté des expériences, s’enclenchera ensuite une spirale d’épreuves morales et physiques: violence, opium, exil, viol, prison… C’est la descente aux enfers. Néanmoins au plus profond de cette tourmente, naîtra au sein de ce couple artificiel un sentiment des plus purs. La trame du récit est ensuite joliment bien tournée et sa phase terminale n’en finit plus de surprendre.

Magnifique jusqu’à la dernière image, Gegen die Wand est une ode à la force de l’amour, qui met habilement en scène la liberté d’agir et de penser.

RÉALISÉ PAR: Fatih Akin

ANNÉE: 2004

 

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