GUILTY OF ROMANCE

Dans un love hôtel glauque de la banlieue tokyoïte, le cadavre mutilé d’une jeune femme gît, rongé par les vers. Son visage et ses parties génitales ont été sectionnés. Un mot étrange est écrit en lettres de sang sur le mur. L’enquête policière s’annonce difficile.

Guilty of romance retrace l’histoire de ce meurtre et prend pour point de départ la frustration d’Izumi, superbe femme, mariée à un riche écrivain. Désireuse d’échapper à une vie de couple aussi ennuyeuse que glaciale, elle cherche du travail. Rapidement son physique ravageur suscitera l’intérêt d’une boite de cinéma d’un genre particulier. Pornographie, prostitution…, commence alors pour elle une vertigineuse descente aux enfers dans les bas-fonds les plus glauques de la capitale japonaise et de l’âme humaine.

Sono Sion, représentant émérite du trash nippon, livre ici un film aussi réussi qu’ignoble. Réussi car on ne saurait en dire autant de ses précédents films qui, bien qu’empreints d’idées originales et audacieuses, pêchaient par leur manque de consistance. Ignoble car il explore des territoires ultra malsains sur un ton sérieux, dans la lignée d’A serbian film ou d’Old boy.

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Megumi Kagurazaka dans Guilty of romance, réalisé par Sono Sion et sorti en 2012.

Loin de s’affranchir d’une morale bourgeoise et puritaine au nom de la libération sexuelle, Izumi découvre les joies assumées du vice. Le sexe, ainsi pratiqué, n’est pas joyeux mais vulgaire. Il est même une impasse. Le refus d’emprunter chaque porte de sortie qui se présentera sur sa route scellera son destin qu’elle assumera d’ailleurs haut et fort en hurlant qu’elle est « une sale pute » sous les coups de rein d’un inconnu. Proie facile pour les dérangés en tout genre, elle ne comprendra même pas qu’elle est en réalité au centre d’une vaste manipulation.

S’il s’agit pour elle d’une « erreur de trajectoire », il n’en va pas de même pour Mitsuko qui deviendra sa tutrice et dont on saisit au premier gros plan sur son visage qu’elle est détraquée. Le monde de la nuit et du sexe tarifé est un univers risqué dans lequel errent potentiellement plus d’âmes ténébreuses qu’ailleurs. Passé un certain stade, la dépravation ne suffit plus pour ce type de personne. Le piment de leur vie relève alors d’activités d’une tout autre nature mais dont il serait réducteur, vis-à-vis de Sono Sion, de croire qu’il s’agit simplement de meurtre ou de violence. Le réalisateur japonais a ici le champ libre et nous dresse l’effrayant portrait psychanalytique d’une famille de dégénérés sur fond de littérature (Mitsuko fait sans cesse allusions à Kafka et son inatteignable Château).

Guilty of romance a toutefois ceci d’étonnant qu’il narre l’élucidation d’une abomination dont on ne voit finalement presque rien, toute son horreur réside au contraire dans la représentation, fort érotique, de la phase préliminaire du basculement dans l’horreur. L’horreur psychologique y prévaut, en somme, sur l’horreur visuelle et physique.

RÉALISÉ PAR : Sono Sion

ANNÉE : 2011

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