FESTEN

Contribution de Thomas Vinterberg à l’étonnant projet Dogma 1995 (cf: infra), ce film suit la célébration pompeuse d’un anniversaire bourgeois durant lequel de troublants secrets familiaux sont révélés publiquement.

Conformément aux règles auxquelles ont souscrit les signataires du « voeu de chasteté cinématograhique » du Dogma 1995, les convives du banquet de Festen sont en grande partie des figurants à qui l’on n’avait donné quasiment aucune information sur le script et qui, pour certains, n’étaient même pas au courant qu’ils participaient au tournage d’un film de cinéma.

Festen, réalisé par Thomas Vinterberg en 1998.

Festen, réalisé par Thomas Vinterberg et sorti en 1998.

Or, lorsque l’on découvre que Festen parle, entre autre, d’inceste, de viol d’enfant et autres scandales inavouables, on comprend immédiatement l’efficacité d’un tel casting tant la sincérité des réactions est sans égale.

Deuxième film de Vinterberg, Festen confirme la lancée du métrage qui l’a précédé (Les héros, 1996) et annonce celle de ceux qui suivront (La chasse notamment) : celle d’une filmographie largement consacrée au thème de la maltraitance des enfants. Hormis It’s all about love, plutot axé science fiction, l’ensemble de la l’oeuvre du jeune danois fait en effet écho à ce thème plus que délicat.

En l’occurence, Vinterberg semble ici poser une question : jusqu’à quel point l’autorité paternelle peut elle être garante de la « vérité » ? Vraisemblablement plus que ce que l’on imagine. Car ce n’est que dans le suicide et le discrédit d’eux même que les enfants, abusés sexuellement, parviendront à briser la respectabilité de façade acquise par leur père.

En plus d’être magistral sur cette question du tabou familial, Festen montre également les risques inhérents aux festivités dites « respectables », où l’alcool coule à flots. Les haines profondes s’expriment et brisent alors les valeurs les plus sacrées telles que le respect de son propre sang ou, plus basiquement, celui de l’homme en général, quelle que soit sa couleur.

La justice par la vérité, échapattoire à cette fête devenue un enfer, montre la beauté du vrai malgré la cruauté de son impermanence. Il en va de même pour le respect du « dogme » qui, en imposant un cinéma sans artifices, permet d’entrevoir le temps d’un film, quelques fragments de beauté brute.

Car bien que ledit dogme soit une duperie (puisqu’occasionnel), il est tout de même générateur d’une incroyable pureté artistique. Rares sont les films qui, comme Festen, traitent de la violence la plus abjecte et la plus révoltante, sans même que ne jaillisse une goutte de sang.

Il fallait s’y attendre, l’effet produit est tout simplement une grosse claque cinématographique.

 

 

RÉALISÉ PAR: Thomas Vinterberg

ANNÉE: 1998

 

NOTE:

Qu’est ce que Dogma 1995 :

Vinterberg a signé avec Lars Von Trier, Kristian Levring et Soren Kragh Jacobsen le dogme du 13 mars 1995, qu’ils ont appliqués à leurs films respectifs : Festen, Les Idiots, Mifune et The king is alive.

Le vœu de chasteté:

« Je jure de me soumettre aux règles suivantes, étudiées et confirmées par Dogme 95:

1. Le tournage doit avoir lieu en extérieurs. Accessoires et décors ne peuvent être fournis si un accessoire particulier est nécessaire à l’histoire, il faut choisir un des extérieurs où se trouve cet accessoire.

2. Le son ne doit jamais être produit séparément des images ou vice versa. Il ne faut pas utiliser de musique, sauf si elle est présente où la scène est tournée.

3. La caméra doit être tenue à l’épaule. Tout mouvement, ou immobilité, faisable à l’épaule est autorisé. (Le film ne doit pas avoir lieu là où la caméra est placée ; c’est le tournage qui doit avoir lieu là où le film a lieu.)

4. Le film doit être en couleurs. L’éclairage spécial n’est pas acceptable. (S’il y a trop peu de lumière, la scène doit être coupée ou bien il faut monter une seule lampe sur la caméra).

5. Trucages et filtres sont interdits.

6. Le film ne doit contenir aucune action superficielle. (Meurtres, armes, etc., en aucun cas).

7. Les aliénations temporelles et géographiques sont interdites. (C’est-à-dire que le film a lieu ici et maintenant.)

8. Les films de genre sont inacceptables.

9. Le format du film doit être un 35 mm standard.

10. Le réalisateur ne doit pas être crédité.

De plus, je jure comme réalisateur de m’abstenir de tout goût personnel ! Je ne suis plus un artiste. Je jure de m’abstenir de créer une  » œuvre « , car je considère l’instant comme plus important que la totalité. Mon but suprême est de forcer la vérité à sortir de mes personnages et du cadre de l’action. Je jure de faire cela par tous les moyens possibles et au prix de tout bon goût et de toutes considérations esthétiques. Ainsi je prononce mon vœu de chasteté. »

 

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